Société
Hantavirus en Argentine : les leçons d’une longue cohabitation avec le virus

Endémique depuis des décennies dans plusieurs régions du pays, l’hantavirus a permis aux scientifiques argentins d’acquérir une expertise rare, mais de nombreuses zones d’ombre persistent, notamment sur la transmission entre humains.
L’Argentine fait face à une campagne épidémiologique marquée par 102 cas d’hantavirus recensés entre juin et juin, contre 57 lors de la période précédente et 126 au pic de 2018-2019. La souche Andes, capable de se propager d’humain à humain, a récemment fait parler d’elle à bord du navire de croisière MV Hondius, mais les chercheurs locaux estiment que cette capacité n’a rien de nouveau. Selon l’épidémiologiste Rodrigo Bustamante, de l’hôpital de Bariloche, il ne s’agit pas d’une mutation récente. Le virus aurait toujours possédé cette propriété, sans modification génétique notable, contrairement au Covid-19 ou à la grippe. María Ester Lázaro, infectiologue et auteure d’une thèse sur la souche Andes, abonde dans ce sens, soulignant la stabilité des hantavirus qui accompagnent leurs hôtes rongeurs depuis des temps ancestraux.
Le vecteur principal de la souche Andes est le raton colilargo, un rongeur à longue queue qui vit dans les zones boisées et se nourrit de graines, de plantes et de fruits. La contamination survient par contact avec ses excréments, son urine ou sa salive, souvent en milieu clos. Le biologiste Raul Gonzalez Ittig, de l’Université de Córdoba, explique qu’une séquence climatique peut favoriser les épidémies. Après deux années de sécheresse, des pluies intenses liées au phénomène El Niño ont stimulé la végétation, augmentant les ressources alimentaires pour les rongeurs. Une population plus nombreuse accroît les risques pour les travailleurs ruraux, d’autant que l’expansion humaine empiète de plus en plus sur les habitats naturels. Un seul rat infecté suffit à déclencher une chaîne de transmission interhumaine, comme l’ont montré des foyers meurtriers en 1996 et 2018.
Cependant, la transmission d’humain à humain reste exceptionnelle. Elle nécessite un contact rapproché, à moins d’un mètre pendant au moins trente minutes, précise le Dr Bustamante. Les scientifiques argentins soulignent la difficulté d’étudier une maladie aussi rare. Le faible nombre de cas limite la capacité à tirer des conclusions statistiques solides. L’évolution clinique pose également problème. Les premiers symptômes, anodins, peuvent se dégrader en quelques heures, transformant un état grippal en détresse respiratoire aiguë. Cette brutalité complique le suivi des patients et la reconstitution de leurs déplacements.
Un débat persiste en Terre de Feu, d’où le MV Hondius a appareillé. Le rongeur local, le colilargo de Patagonie, présente des différences morphologiques et alimentaires avec son cousin du continent. Les tests réalisés jusqu’à présent sur les rongeurs de cette province se sont révélés négatifs pour l’hantavirus. Une mission imminente de l’institut Malbran de Buenos Aires, référence nationale, tentera de déterminer si cette espèce peut être un vecteur de la maladie. La longue période d’incubation complique encore l’enquête, car une infection contractée ailleurs qu’en Terre de Feu ne peut être exclue.

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