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Gentle Monster : Léa Seydoux face à l’innommable au Festival de Cannes

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Dans son nouveau film en compétition, la réalisatrice autrichienne Marie Kreutzer plonge au cœur d’un drame conjugal hanté par la pédocriminalité. Léa Seydoux incarne une femme dont l’univers s’effondre après la découverte des crimes de son compagnon.

Le long-métrage « Gentle Monster », présenté vendredi en sélection officielle, suit le parcours de Lucy, une pianiste française installée en Bavière avec son mari Philip, réalisateur autrichien, et leur jeune enfant. Leur existence paisible vole en éclats lorsque les forces de l’ordre saisissent le matériel informatique de Philip, accusé d’avoir téléchargé et diffusé des images pédopornographiques. Lucy, en proie à une angoisse grandissante, tente alors de déterminer si son fils a été victime de son époux.

Léa Seydoux confie avoir été immédiatement saisie par la finesse du scénario. « On m’a prévenue que le sujet était très difficile, surtout pour une mère. Mais j’ai ressenti une empathie immédiate pour ce personnage déchiré entre l’amour et la répulsion », explique l’actrice. Elle ajoute qu’un tel rôle, à la fois intense et nuancé, est une opportunité rare dans une carrière. Pour incarner Lucy, elle a puisé dans une fougue et une passion totales, s’abandonnant sans retenue à la complexité émotionnelle du récit.

Marie Kreutzer a mené un travail documentaire approfondi pour écrire son histoire, inspirée par un article de 2020 sur un réseau pédocriminel allemand. « Je me suis rendu compte que je côtoyais sans le savoir des auteurs de ces actes », confie la réalisatrice. Elle insiste sur la banalité apparente des coupables, loin des figures monstrueuses souvent véhiculées par les faits divers. Ses échanges avec des policiers spécialisés dans la protection des mineurs ont nourri le personnage d’Elsa, l’enquêtrice. « Elle affirme que ce métier a du sens, et une officière m’a tenu exactement le même discours », raconte Kreutzer.

Le projet a toutefois rencontré des obstacles inattendus. La cinéaste souhaitait intégrer des morceaux pop pour accompagner le parcours de son héroïne musicienne. Mais de nombreux ayants droit ont refusé d’autoriser l’utilisation de leurs œuvres après avoir pris connaissance du thème du film. « Il suffisait qu’ils lisent les premières lignes du scénario », regrette-t-elle, évoquant une bataille acharnée pour obtenir certaines musiques dont les paroles résonnent avec l’intrigue.

Marie Kreutzer inscrit son œuvre dans la tradition du cinéma autrichien, réputé pour sa capacité à explorer des sujets inconfortables. Elle y voit le reflet d’une noirceur propre à la mentalité locale, mais aussi d’une liberté créative accordée aux artistes. « Gentle Monster » illustre cette approche sans concession, où l’horreur se cache derrière des visages ordinaires.

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