Culture
Fontainebleau, décor d’une réinterprétation féministe des Liaisons Dangereuses


Le château historique accueille le tournage de « Merteuil », une série ambitieuse portée par Diane Kruger et Anamaria Vartolomei, qui renouvelle la lecture du roman de Laclos.
Sous les ors de la galerie des Cerfs, un figurant coiffé d’un tricorne somnole entre deux prises. Le château de Fontainebleau, habitué des tournages prestigieux, sert une nouvelle fois d’écrin à une production d’envergure. Il s’agit cette fois de « Merteuil », adaptation en série du célèbre roman épistolaire de Pierre Choderlos de Laclos, dont la diffusion est prévue sur HBO Max à partir du 14 novembre. Le plateau réunit près de trois cents personnes, dont quatre-vingts techniciens et une trentaine de maquilleurs et coiffeurs mobilisés dès l’aube.
Anamaria Vartolomei, que l’on a pu voir récemment dans « Le Comte de Monte-Cristo » et « Mickey 17 », incarne la jeune Isabelle de Merteuil, tandis que Vincent Lacoste prête ses traits au séducteur Valmont. Diane Kruger incarne Madame de Rosemonde et Lucas Bravo, révélé par « Emily in Paris », endosse le rôle du Comte de Gercourt. Entre les répétitions, les échanges détendus contrastent avec l’intensité des scènes tournées. Un acteur invité pour le dernier épisode confie son appréhension de rejoindre une distribution déjà soudée, sans que cela n’entame sa concentration au moment de jouer.
Portée par la réalisatrice Jessica Palud, cette nouvelle version se distingue par son approche résolument féministe. L’intrigue suit le parcours d’Isabelle de Merteuil, d’abord victime d’une humiliation infligée par Valmont, puis évoluant des cercles libertins jusqu’à la cour de Louis XV. Anamaria Vartolomei souligne la dimension politique de son personnage, qui interroge les rôles imposés aux femmes sous l’Ancien Régime. Selon l’actrice, celles-ci devaient alors opter entre la dévotion religieuse, pour échapper aux mariages forcés, ou la liberté par le libertinage, afin de reconquérir la maîtrise de leur corps et de leurs désirs.
Diane Kruger salue la vision de la réalisatrice, qui met en lumière comment le désir et le regard masculin peuvent, dans certaines conditions, servir une forme d’émancipation féminine. Le scénariste Jean-Baptiste Delafon estime pour sa part que le matériau originel de Laclos conserve une étonnante actualité. Il note avec amusement que certaines figures contemporaines promues sur les réseaux sociaux, telles que la « bad bitch », semblent parfois reprendre, de façon maladroite, des traits déjà esquissés par Merteuil.
Avec ce tournage, Fontainebleau enrichit encore son patrimoine cinématographique, après avoir accueilli des œuvres aussi diverses que « L’Homme au masque de fer » de Randall Wallace ou le clip « Pookie » d’Aya Nakamura. La série « Merteuil » s’annonce ainsi comme une relecture audacieuse, ancrée dans son époque tout en honorant la complexité du texte fondateur.





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