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Félix Bingui clame son innocence au procès du clan Yoda

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Le chef présumé du clan Yoda, Félix Bingui, a nié toute implication dans le narcotrafic lors de l’ouverture de son procès à Marseille, lundi 18 mai. Extradé du Maroc en janvier 2025, il comparaît avec dix-neuf co-prévenus pour trafic de stupéfiants et blanchiment.

Crâne rasé, vêtu d’un sweat-shirt noir, Félix Bingui, surnommé « Le Chat » ou « Féfé », a fermement contesté les accusations portées contre lui devant le tribunal correctionnel de Marseille. « J’ai commencé très jeune à fréquenter de mauvaises personnes, mais j’ai ensuite fait des efforts », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant un casier judiciaire chargé de treize mentions, dont six prononcées alors qu’il était mineur. Sa dernière condamnation, une peine de six ans de prison pour trafic de drogue prononcée par défaut en octobre 2024, remonte à une période où il était déjà incarcéré au Maroc.

Jusqu’au 5 juin, cet homme de 35 ans, père de trois enfants et à la carrure imposante, sera jugé aux côtés de dix-neuf autres prévenus, dont deux font l’objet d’un mandat d’arrêt. Les charges retenues incluent le trafic de stupéfiants, l’association de malfaiteurs et le blanchiment, le tout en état de récidive légale. Pendant deux ans, d’août 2021 à juin 2023, les enquêteurs ont surveillé, écouté et suivi les membres présumés du clan Yoda, accusés de gérer plusieurs points de vente dans les quartiers Nord de Marseille, notamment celui de « La Fontaine », à l’entrée de la cité de la Paternelle.

Cette cité, peuplée de moins de 700 habitants mais stratégiquement située près de l’autoroute A7, a été au début de l’année 2023 l’épicentre d’une guerre de territoires opposant les Yoda, dont le nom est inspiré du célèbre maître Jedi de Star Wars, à la DZ Mafia. En quelques mois, Marseille a enregistré un record de 49 narchomicides, dont 35 directement liés à ces rivalités meurtrières.

Selon l’enquête, Félix Bingui aurait mis en place un réseau « particulièrement structuré », s’appuyant sur un cercle restreint de proches pour gérer les opérations. Appartements servant de caches pour armes ou drogues, lignes téléphoniques dédiées et communications cryptées faisaient partie des méthodes employées. Le procès met également en lumière le train de vie luxueux des accusés, qui, pour la plupart sans revenus déclarés, multipliaient les voyages en classe affaires, les séjours dans des hôtels de prestige et les achats chez des marques de luxe telles que Vuitton, Hermès ou Louboutin.

Bénéficiant d’un statut de résident à Dubaï, Bingui y posséderait plusieurs biens, dont une villa acquise sur plan pour deux millions d’euros, ce qu’il conteste formellement. « J’ai quitté la France en 2021 », a-t-il affirmé depuis le box, où il comparaît détenu aux côtés de deux autres prévenus. Installé à Marbella, en Espagne, avec sa femme et son enfant, il dit vivre de ses « économies », accumulées grâce à la revente de voitures achetées en Suisse pendant ses cinq années de prison, ainsi que de ses gains aux paris sportifs. Interrogé par la présidente du tribunal sur la manière dont il aurait pu gérer cette activité depuis la prison, il a répondu : « Avec mon téléphone portable. » Après six mois en Espagne, il explique s’être rendu à Dubaï pour « travailler dans une conciergerie », justifiant ses nombreux allers-retours entre les Émirats, l’Espagne et Marseille par la nécessité de voir ses enfants et de respecter les obligations de sa conditionnelle.

L’avocat de Félix Bingui, Me Philippe Ohayon, a qualifié le dossier de « peu consistant » et a réclamé l’audition de trois policiers mis en examen dans l’affaire dite « Trident », qui concerne des dérives au sein de l’Office antistupéfiants (Ofast) de Marseille. Selon lui, ces enquêteurs seraient à l’origine de « 80% des actes d’investigation » de cette affaire. « Ce trio d’enquêteurs s’est montré prêt à tout pour faire tomber un trafiquant, au point de risquer leur carrière et leur vie. Ont-ils agi de la même manière pour Bingui ? », s’est-il interrogé. Le tribunal a toutefois décidé de joindre cette demande au fond, rejetant ainsi la tenue d’auditions en cours de procès. Mettant en garde contre un « scandale judiciaire potentiel », Me Ohayon a rappelé que son client encourait « jusqu’à 20 ans de prison, une peine rare en correctionnelle ».

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