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Dacca mise sur l’intelligence artificielle pour dompter son chaos routier

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La mégapole bangladaise, l’une des plus congestionnées au monde, expérimente un système de vidéosurveillance intelligent capable de verbaliser automatiquement les contrevenants.

Dans les rues de Dacca, où plus de 22 millions d’habitants cohabitent quotidiennement avec une circulation anarchique, bus, voitures, motos et pousse-pousses se livrent une lutte permanente pour chaque mètre de chaussée. Les feux de signalisation, les passages piétons et même la présence des agents de l’ordre sont souvent perçus comme de simples obstacles à contourner. Les policiers chargés de la régulation du trafic décrivent un quotidien marqué par le danger, les altercations et les refus d’obtempérer, certains agents ayant même été percutés par des véhicules.

Pourtant, depuis le mois d’avril, un nouvel outil tente d’imposer un semblant de discipline. La police a connecté ses caméras de surveillance à un logiciel d’intelligence artificielle conçu pour détecter automatiquement les infractions. Non-respect des feux rouges, circulation sur les voies interdites, stationnement illégal : le système est capable d’identifier et de sanctionner ces comportements sans intervention humaine. Les amendes, générées automatiquement, sont envoyées directement aux propriétaires des véhicules.

Un automobiliste de 28 ans, pris en flagrant délit de grillage de feu rouge, a ainsi reçu chez lui une contravention de 2 000 takas, soit environ 14 euros. Depuis, il affirme redoubler de prudence. Les autorités se félicitent des premiers résultats. Au moins trois cents véhicules ont déjà été verbalisés, et en une seule journée, près de huit cents infractions ont été recensées. Pour l’instant, seules les plus graves donnent lieu à une sanction pécuniaire, les autres conducteurs recevant un simple avertissement.

Dans une salle de contrôle du siège de la police, des analystes surveillent en temps réel les écrans retransmettant le trafic. L’un d’eux souligne le changement de méthode. Auparavant, il fallait intercepter les véhicules, vérifier les papiers et fixer le montant des amendes, un processus source de tensions et de pertes de temps. Désormais, l’essentiel du travail est automatisé.

Le système présente toutefois des limites. Certaines plaques d’immatriculation sont floues, trop petites ou endommagées, ce qui empêche leur identification. Les autorités travaillent à résoudre ces problèmes techniques et envisagent d’ajouter de nouvelles fonctionnalités, comme la détection des véhicules circulant sur les trottoirs. Pour l’heure, seuls les engins motorisés sont ciblés, mais une réflexion est en cours concernant l’immense flotte de rickshaw, ces tricycles à pédales omniprésents dans la ville.

Des experts en urbanisme et en ingénierie mettent cependant en garde contre un excès de confiance dans la technologie. Ils rappellent que des sommes importantes ont déjà été investies par le passé pour moderniser les feux de signalisation, sans que ces efforts ne soient maintenus dans la durée. Selon eux, le succès de cette initiative dépendra avant tout de la capacité des autorités à faire appliquer les règles de manière cohérente et continue, et non de la seule sophistication des outils déployés.

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