Monde
Au Venezuela la colère monte face à des secours jugés trop lents
Plus de 1 450 morts, des dizaines de milliers de disparus et un pays sous les gravats. Après 72 heures cruciales, la population vénézuélienne oscille…


Plus de 1 450 morts, des dizaines de milliers de disparus et un pays sous les gravats. Après 72 heures cruciales, la population vénézuélienne oscille entre espoir ténu et exaspération contre des autorités accusées de ne pas en faire assez.
Le double séisme qui a frappé le Venezuela a laissé des quartiers entiers rasés. Les images aériennes montrent une destruction totale là où se dressaient encore des immeubles il y a quelques jours. Les secouristes fouillent méthodiquement les décombres, mais le temps joue contre eux. La règle des 72 heures pour retrouver des survivants approche de sa fin, et pourtant des familles restent campées près des ruines, refusant de perdre espoir. « Tout le monde dit qu’il ne reste plus personne, mais nous sommes toujours là à attendre », confie Eduardo Cardozo, un ouvrier agricole venu prêter main forte à Tucacas, sur la côte. Un homme et son fils adolescent ont été sauvés dimanche près de quatre jours après les secousses, un petit miracle qui entretient la flamme. Mais des volontaires comme Luis Salas, 27 ans, racontent le choc de ramper dans des tunnels pour ne trouver que des corps sans vie.
La colère gronde pourtant face à ce que beaucoup considèrent comme une mobilisation insuffisante des autorités. Dans la ville côtière de Caraballeda, des riverains excédés ont forcé dimanche un groupe de soldats à prendre des pelles et des pioches pour participer aux recherches. « Un général est arrivé avec une vingtaine de militaires armés et ils sont restés collés à un mur », raconte Alexander Mijares, secouriste volontaire et commerçant de 26 ans. Il fallait sortir une personne décédée des gravats, et les soldats ne bougeaient pas. La présidente par intérim Delcy Rodriguez a assuré que les opérations de recherche se poursuivaient et prolongé la fermeture des écoles d’une semaine. Mais la frustration est palpable. À La Guaira, Hector Aguilera cherche quatre membres de sa famille ensevelis. « Nous n’avons pas les moyens de sortir notre famille de là. Ils sont ensevelis là-dessous nous savons qu’ils sont morts », lâche-t-il, amer.
L’aide internationale commence à arriver, mais elle reste perçue comme insuffisante pour un pays déjà fragilisé par des années de crise économique et politique. Quelques centaines de soldats américains sont sur place pour faciliter le trafic aérien, et 130 Marines doivent débarquer avec du matériel. Au total, 24 pays ont envoyé plus de 520 tonnes d’équipement et 2 700 secouristes, dont 86 équipes cynophiles. Les dégâts sont estimés à près de sept milliards de dollars, soit 6 % du PIB du pays selon l’ONU. Pendant ce temps, dans les rues de Caracas, des écrans publicitaires diffusent les visages des disparus. Des chaînes humaines se forment pour évacuer les gravats à la main, faute d’engins de chantier en nombre suffisant. Le Venezuela vit l’une des pires catastrophes naturelles de son histoire, et chaque minute compte pour arracher des vies aux ruines.
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