Monde
Au Soudan, la soif d’apprendre résiste à la guerre
Privés d’école depuis des mois, des milliers d’enfants déplacés tentent de rattraper le temps perdu dans des camps de fortune, portés par une volonté inébranlable de se construire un avenir.
Dans le camp d’Al-Hichan, près de Port-Soudan, des tentes disposées en carré abritent une école de fortune pour plus de mille élèves. Parmi eux, Afrah, treize ans, rêve de devenir chirurgienne. Malgré les mois de déscolarisation et les déplacements forcés imposés par le conflit qui oppose l’armée aux paramilitaires depuis avril 2023, elle n’a jamais cessé de réviser. Son histoire illustre celle de millions d’enfants soudanais, dont plus de huit millions sont aujourd’hui privés d’éducation, selon l’Unicef. Le Soudan compte plus de vingt-cinq millions de mineurs, soit la moitié de sa population.
Près d’un tiers des élèves du camp ont d’abord suivi un programme accéléré mis en place par l’agence onusienne pour combler les lacunes accumulées. Les premiers jours, les dessins des enfants étaient marqués par des chars, des armes et la mort. Mais avec le temps, leurs croquis évoluent, témoignant d’une lente adaptation. « Ils arrivent effrayés, épuisés, isolés, mais peu à peu ils commencent à assimiler ce qu’ils ont vécu », observe Mira Nasser, porte-parole de l’Unicef.
Dans une tente, des enfants répètent les gestes du lavage des mains sous la guidance d’une travailleuse sociale. Ailleurs, des filles récitent un poème en chœur. Une enseignante déplacée dispense les bases de la physique-chimie à une classe de sixième, tandis que son fils de trois ans tire sur sa jupe. Awatef al-Ghaly, professeure d’arabe de quarante-huit ans, originaire du Nord-Darfour, se souvient des premiers jours sur le site, quand des milliers de familles erraient, hébétées. « Nous étions soixante enseignants, nous nous sommes simplement mis au travail », raconte-t-elle. Ils ont réparti les élèves par niveau, improvisé un emploi du temps et commencé par des révisions. « Il a fallu beaucoup de patience. Au début, les enfants étaient tous assis par terre », ajoute Souad Awadallah, cinquante-deux ans, qui a enseigné l’anglais pendant quarante ans au Sud-Darfour avant de rejoindre Port-Soudan.
Aujourd’hui, des pupitres sont alignés dans les tentes, où les élèves se serrent à quatre sur un banc. Malgré les difficultés, l’établissement a vu sa première promotion passer du primaire au collège. « Même quand c’était difficile, en pleine chaleur estivale et avec des insectes partout, les enfants voulaient apprendre », souligne Mme Ghaly. « Avant les examens, certains nous suivaient jusque chez nous pour nous supplier d’organiser des révisions supplémentaires. »
Pour Mira Nasser, l’éducation est une forme de protection. « Leur avenir est en jeu. Ici, ils peuvent au moins retrouver un semblant de normalité », explique-t-elle. Certains enfants, arrivés au camp, avaient même oublié comment lire et écrire. Fatma, seize ans, rattrape deux années de scolarité perdues et aspire à devenir psychiatre. « Mon père se trouvait dans le grand marché de Khartoum quand les paramilitaires ont débarqué et tué des gens. Il s’est échappé mais il ressent encore cette douleur », confie-t-elle.
Les blessures sont aussi physiques. Une fillette salue de son unique main l’équipe de l’AFP. Amputée du bras droit au-dessus du coude après avoir été blessée à Khartoum, elle incarne les séquelles du conflit. La faim frappe également durement. Parmi les plus de cinq millions d’enfants déplacés, beaucoup souffrent de malnutrition, et plus de 825 000 petits de moins de cinq ans sont victimes de malnutrition aiguë. Le recrutement d’enfants soldats a été signalé dans tout le pays, tandis que la violence sexuelle endémique empêche de nombreuses filles de retourner à l’école, même dans les zones épargnées par les combats.
Malgré la nostalgie de la vie d’avant, les élèves d’Al-Hichan puisent dans les cours une énergie nouvelle. « Mes amis et ma famille me manquent, mon école à Khartoum me manquait, elle était pleine d’arbres », confie Ibrahim, quatorze ans, qui ambitionne de devenir ingénieur pétrolier. Un autre garçon, vêtu d’un maillot rouge de Manchester United, s’avance vers les adultes d’un pas déterminé. « Je veux plus de cours d’anglais le soir », lance-t-il, la voix tremblante mais le regard fier.
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