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_**Le préjudice animalier, une brèche juridique en pleine expansion**_

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Les tribunaux français tendent de plus en plus à reconnaître les animaux comme des victimes directes de maltraitance, ouvrant la voie à une indemnisation spécifique pour leurs souffrances. Une évolution jurisprudentielle qui interroge sur la place de l’animal dans le droit.

Le 13 mai dernier, le tribunal de police de Saint-Étienne a condamné une propriétaire pour avoir abandonné sa chatte et sa lapine pendant un mois, les laissant sans nourriture ni eau dans son logement quitté. Outre les dommages et intérêts classiques, la SPA de Lyon, partie civile, a obtenu 800 euros au titre d’un préjudice animalier. Une première dans le département, qui s’ajoute à une série de décisions similaires rendues depuis deux ans en France.

Pour Orianne Simonet, directrice administrative de la SPA de Lyon, cette reconnaissance est capitale. Elle estime qu’elle permet de prendre en compte la souffrance animale de manière autonome, et non plus seulement comme un dommage par ricochet subi par le propriétaire. La juriste espère que cette jurisprudence pourra désormais être invoquée dans d’autres affaires.

Le droit français n’a pourtant pas encore codifié ce préjudice. Depuis 2015, le Code civil reconnaît les animaux comme des êtres sensibles, mais leur statut juridique reste celui de biens meubles. Ils ne peuvent donc pas percevoir directement une indemnisation. Celle-ci est versée aux associations ou aux particuliers qui se constituent partie civile. Les montants, eux, augmentent : 1 500 euros pour un chiot poignardé à mort dans le Nord en 2025, ou 2 000 euros pour une chienne victime d’agressions sexuelles répétées en février dernier.

Muriel Falaise, maîtresse de conférence en droit privé à Lyon et spécialiste du droit animalier, souligne le paradoxe d’une société où les signalements pour maltraitance augmentent de 30 % entre 2016 et 2021, selon le ministère de l’Intérieur, tandis que la sensibilité au bien-être animal progresse. Elle voit dans cette jurisprudence naissante le reflet d’une évolution sociétale, comparable à celle du préjudice écologique.

Reste une question épineuse : cette reconnaissance pourrait-elle un jour s’étendre aux animaux d’élevage ou aux espèces sauvages chassées ? Muriel Falaise reconnaît la difficulté, notamment en raison des dérogations prévues par le Code rural pour l’élevage intensif. Elle rappelle toutefois que la violence envers les animaux n’est jamais anodine, citant des études qui établissent un lien entre maltraitance animale et comportements violents ultérieurs envers les humains.

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