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Culture

_**Cristian Mungiu, l’œil qui sonde les failles**_

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_**Le cinéaste roumain décroche une deuxième Palme d’or à Cannes avec « Fjord », un film qui interroge les limites de la tolérance dans les démocraties occidentales.**_

En remportant pour la seconde fois la plus haute distinction cannoise, Cristian Mungiu intègre un cercle restreint de réalisateurs doubles palmés. Son nouveau long-métrage, dont il signe également le scénario, plonge le spectateur en Norvège pour confronter une société aux idéaux d’ouverture et d’empathie avec ses propres contradictions. Le film met en lumière la manière dont un groupe peut rejeter ceux qui s’écartent de la norme établie. À la réception de son prix, le réalisateur a souligné que son œuvre portait un appel à l’application concrète des valeurs de tolérance et d’inclusion, trop souvent réduites à de beaux principes.

Inspiré de faits réels, « Fjord » entre en résonance avec le parcours personnel de Mungiu, qui devient le dixième cinéaste à cumuler deux Palmes d’or, aux côtés de figures comme Francis Ford Coppola ou Ken Loach. Né en 1968 à Iasi, il a grandi sous la dictature de Nicolae Ceausescu, un régime qui prétendait connaître les besoins de ses citoyens mieux qu’eux-mêmes. Cette expérience a forgé sa méfiance envers toute forme de pensée unique. Il confiait d’ailleurs en marge du festival que la chute du communisme n’avait pas éradiqué la tentation de l’autoritarisme, même dans les sociétés démocratiques, et que les meilleures intentions pouvaient mener à l’oppression.

C’est en explorant cette période sombre de l’histoire roumaine que Mungiu avait connu son premier sacre cannois en 2007. « Quatre mois, trois semaines et deux jours » décrivait avec une froide précision le parcours d’un avortement clandestin sous le régime de Ceausescu. Vingt ans plus tard, le cinéaste n’a rien perdu de son mordant. Il estime que le cinéma doit conserver une dimension polémique et regrette la multiplication de films trop consensuels, qui se contentent de valider l’idéologie dominante. Plus récemment, avec « R.M.N » en 2022, il avait déjà ausculté les angles morts de la tolérance en s’inspirant d’un fait divers dans un village de Transylvanie hostile à l’embauche de travailleurs sri-lankais. Pour Mungiu, il suffit de peu pour que des voisins deviennent capables des pires violences.

Polyglotte et ancien étudiant en littérature anglaise et américaine, Cristian Mungiu s’est formé à la réalisation à l’école de cinéma de Bucarest. Il y a travaillé comme assistant sur des productions étrangères, notamment pour Bertrand Tavernier ou Radu Mihaileanu. Son premier long-métrage, « Occident », avait été repéré à la Quinzaine des réalisateurs en 2002. Depuis, Cannes est resté un point d’ancrage dans sa carrière, que ce soit comme cinéaste ou comme membre de jurys. Dans un pays où le cinéma manque de moyens et peine à attirer le public, une récompense sur la Croisette représente une véritable légitimation, un gage de qualité reconnu.

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