Planète
PFAS : des associations et des particuliers attaquent l’État pour inaction face aux polluants éternels
Trois organisations environnementales et six citoyens contaminés par les PFAS ont déposé un recours devant la justice administrative, accusant les pouvoirs publics de négligences dans la gestion de ces substances chimiques persistantes.
Les associations Générations Futures, Notre Affaire à Tous et Bloom, accompagnées de six personnes résidant dans des zones fortement polluées, ont saisi le tribunal administratif de Paris. Elles demandent à l’État de prendre des mesures concrètes pour stopper la contamination et organiser la réparation des dommages environnementaux et sanitaires. Ces substances per- et polyfluoroalkylées, réputées quasi indestructibles, s’infiltrent dans l’air, les sols, les cours d’eau et la chaîne alimentaire, et certaines sont reconnues pour leurs effets nocifs sur la santé humaine.
Les requérants réclament l’interdiction des rejets de PFAS dans la nature, la dépollution des ressources en eau destinées à la consommation, ainsi qu’une indemnisation pour le préjudice d’anxiété subi par les particuliers. Ces derniers, originaires du Haut-Rhin et de Haute-Savoie, présentent un taux de contamination sanguine élevé. Ils sollicitent chacun 10 000 euros de dommages et intérêts pour le préjudice corporel et 1 000 euros pour le préjudice moral, selon la requête déposée mercredi et dont le tribunal doit encore examiner la recevabilité.
François Veillerette, porte-parole de Générations Futures, a souligné une double carence de l’État : une absence d’action dans le passé et une action insuffisante aujourd’hui. Les associations ont retrouvé des rapports parlementaires datant de 2008 qui alertaient déjà sur les risques liés aux PFAS et sur la contamination du territoire. Après avoir adressé une demande indemnitaire préalable aux autorités en mars dernier, sans réponse explicite, elles ont décidé de porter l’affaire devant la justice.
Si le gouvernement a commandé plusieurs études sur le sujet, la première loi visant à protéger la population des PFAS n’a été adoptée qu’en février 2024, à l’initiative d’un député écologiste. Les associations reprochent à l’exécutif d’avoir soutenu ce texte tardivement. Le député a estimé que ce contentieux était inévitable, établissant une chaîne de responsabilité qui implique à la fois les industriels et les autorités publiques. Le ministère de la Transition écologique n’a pas souhaité commenter pour l’instant.
En raison de l’omniprésence des PFAS dans les objets du quotidien, les Français présentent un niveau de contamination particulièrement élevé par rapport à d’autres pays européens. Un rapport publié en octobre 2025 indique que 24 % des adolescents français ont des concentrations sériques de PFAS dépassant les seuils recommandés par l’Agence européenne de sécurité alimentaire, contre 18 % en Allemagne et 1 % en Espagne. Les associations dénoncent également le retard dans l’application de la loi, notamment la mise en place d’une redevance sur les industriels rejetant ces substances dans l’eau. Cette mesure, qui pourrait générer des recettes fiscales pour financer la dépollution, n’a toujours pas été concrétisée, le gouvernement ayant reporté de six mois la publication des décrets d’application nécessaires.
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