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Culture

Ulysse, une odyssée de résilience, éclaire le Festival de Cannes

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Dans son neuvième long-métrage, la cinéaste Laetitia Masson puise dans son expérience personnelle pour raconter le combat d’une mère afin d’offrir à son fils handicapé une place dans la société, un récit d’espoir et de détermination présenté en clôture de la sélection Un Certain Regard.

Dès les premiers mois de sa vie, Ulysse inquiète. Il s’alimente peu, ne prononce aucun mot, ne cherche pas à se mouvoir. Le diagnostic médical est sans appel : l’enfant est atteint d’une maladie génétique. Sa mère, Alice, refuse pourtant de le voir cantonné à une existence en marge. Elle s’engage alors dans une quête obstinée pour lui permettre de grandir parmi les autres et de s’intégrer pleinement à la communauté.

Le film, dévoilé vendredi soir sur la Croisette, met en scène Élodie Bouchez dans le rôle d’Alice, aux côtés de Stanislas Merhar qui incarne Vladimir, le père qui finira par s’éloigner. Alphonse Roberts, propre fils de la réalisatrice, prête ses traits à Ulysse à l’adolescence. Pour Laetitia Masson, ce projet a longtemps semblé impossible à envisager. « C’est un film que je ne souhaitais pas réaliser. Le thème ne m’attirait pas en tant que cinéaste », confie-t-elle. Ce n’est qu’après que son fils a trouvé un emploi stable qu’elle s’est sentie investie d’une mission : offrir ce récit autobiographique, espérant qu’il « puisse éclairer le chemin d’autres familles et nourrir une réflexion sur la place du handicap ».

Le récit déroule le parcours semé d’embûches d’Alice et de son enfant. Les consultations médicales et les séances de rééducation s’accumulent, tandis que la mère se heurte à la complexité des procédures administratives et à une forme de hiérarchie implicite entre les handicaps qui ferme les portes des institutions spécialisées. Pourtant, la lumière, la musique et l’amitié, incarnée par le personnage de Laura, viennent constamment tempérer les moments de fatigue et de souffrance. Alice trouve également un soutien auprès d’Ahmad, interprété par le rappeur Gringe.

Loin de vouloir s’apitoyer sur le sort de son héroïne, la cinéaste entend mettre en avant sa force intérieure. « Il n’était pas question de se lamenter sur les épreuves de cette femme et de son enfant, mais de montrer l’énergie qui la porte et la conviction profonde qui l’anime », explique Élodie Bouchez, dont le jeu est saisi au plus près des émotions. Laetitia Masson ne prétend pas que tout est soluble par la seule volonté individuelle. « Il ne s’agit pas d’affirmer que tous les problèmes se résolvent », nuance-t-elle. « Mais en changeant notre regard, nous pouvons accueillir davantage de personnes handicapées dans le monde réel, et elles pourront y apporter une contribution différente. » Le film se veut ainsi une œuvre politique, interrogeant « l’incapacité de notre société à accepter la moindre différence, la moindre originalité ».

Pour autant, « Ulysse » demeure avant tout une œuvre de cinéma, qui refuse la démonstration ou la leçon. « Le cinéma repose sur l’identification. Les spectateurs ont tendance à se projeter, tout comme le film se projette vers eux, et cela génère une émotion », souligne la réalisatrice, figure du cinéma d’auteur français, connue pour des films comme « En avoir (ou pas) ». Élodie Bouchez confie n’avoir « jamais ressenti autre chose que le plaisir de faire un film comme on les aime, comme on aime faire du cinéma ensemble ».

Avec « Ulysse », Laetitia Masson signe son retour en sélection officielle cannoise, vingt-huit ans après « À Vendre », déjà présenté dans la section Un Certain Regard. « Nos combats étaient très différents. Aujourd’hui, j’ai deux enfants, j’avance dans la vie », observe-t-elle. Revenir ici « a beaucoup de sens, car ce film a une ligne plus nette que mes précédents, il est plus accessible. On voit comment la vie transforme le cinéma, et comment le cinéma transforme la vie. »

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