Culture
Le cinéma iranien menacé par la guerre et la censure
Entre un durcissement de la répression et une crise économique qui s’aggrave, le septième art iranien, jadis salué dans le monde entier, voit son espace de création se réduire comme peau de chagrin.
La guerre qui frappe l’Iran depuis la fin février a précipité une situation déjà très dégradée pour les cinéastes indépendants. Les arrestations massives, les exécutions et la coupure d’accès à internet international ont accentué un climat de peur et de paralysie. Alors que le pays avait connu en janvier d’importantes manifestations antigouvernementales, les autorités ont renforcé leur mainmise sur la société, et le monde de la culture en paie un lourd tribut.
Malgré un environnement hostile marqué par une censure omniprésente et des procédures judiciaires à répétition, l’Iran a vu éclore des talents de renom. Des réalisateurs comme Asghar Farhadi, Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof ont su s’imposer sur la scène internationale, remportant des Oscars et triomphant dans les plus grands festivals européens. Leurs œuvres dressent un portrait minutieux du quotidien sous la République islamique, mais leur liberté d’expression est aujourd’hui plus que jamais menacée.
Pegah Ahangarani, actrice et réalisatrice exilée en Angleterre depuis 2022, était présente au festival de Cannes avec son documentaire « Viendra la révolution », qui a reçu l’Œil d’or. Le film retrace, en cinq chapitres, le destin de proches victimes des autorités, et montre la cinéaste prise dans les violentes manifestations prodémocrates de 2009. Elle confie son désespoir face à la situation actuelle. « Ces dernières années, il y a eu un vaste mouvement cinématographique souterrain. De nombreux cinéastes tournaient sans autorisation, sans que les femmes portent le voile », explique-t-elle. Mais aujourd’hui, avec la guerre, la répression est devenue plus sévère que jamais. « La guerre n’apportera rien d’autre qu’une rupture dans le chemin que le peuple iranien était en train de prendre vers la liberté », ajoute-t-elle.
Le sort réservé au cinéaste dissident Jafar Panahi illustre ces pressions. Revenu dans son pays fin mars, il a comparu mercredi devant un tribunal pour l’une de ses condamnations. Déjà emprisonné à deux reprises, il avait été condamné en décembre à un an de prison pour « activités de propagande » contre l’État, quelques mois après avoir remporté la Palme d’or à Cannes pour « Un simple accident ».
Un autre documentaire présenté à Cannes, « Dans la gueule de l’ogre », de Mahsa Karampour, se penche sur l’expérience de l’exil. Installée à Paris, la cinéaste estime que la censure et les interdictions peuvent parfois motiver davantage, mais elle reconnaît qu’il existe un seuil au-delà duquel la pression économique et psychologique provoque une paralysie. Pour Kaveh Farnam, réalisateur basé à Dubaï et ancien président de l’Association des cinéastes indépendants iraniens, l’inflation et le blocage d’internet ont un effet dévastateur sur les techniciens du cinéma. « Je connais de nombreux professionnels qui n’ont pas pu travailler depuis des mois », confie-t-il, décrivant une pression terrible, sans argent, sans revenus, alors que les prix augmentent chaque jour.
Dans ce climat, les intellectuels sont devenus des cibles privilégiées. La guerre offre aux autorités un prétexte pour être plus sauvages et brutaux, et pour accuser les critiques d’espionnage au profit d’Israël. L’espace de liberté qui permettait encore la production de films indépendants en Iran semble en train de se refermer définitivement.
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