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L’Aïd al-Adha sous tension en Côte d’Ivoire face à la flambée des prix du mouton

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Alors que la grande fête musulmane approche, les marchés abidjanais voient les prix du mouton s’envoler, conséquence d’une dépendance quasi totale aux importations sahéliennes perturbées par des restrictions et des blocages.

Dans la boue du parc à bétail d’Adjamé, à Abidjan, les négociations s’intensifient à quelques jours de l’Aïd al-Adha. Les vendeurs et les acheteurs s’affrontent à voix haute, chacun tentant d’obtenir le meilleur prix pour l’animal du sacrifice, en mémoire du geste d’Abraham. Cette année, les tarifs ont grimpé de manière significative en Côte d’Ivoire, un pays qui importe les trois quarts de ses ovins et bovins pour la Tabaski, soit environ 350 000 têtes, principalement du Burkina Faso et du Mali.

Depuis le 11 mai, le Burkina Faso a suspendu ses exportations de bétail, imitant le Niger qui avait pris une mesure similaire en mars, afin de privilégier son propre marché intérieur. Parallèlement, les routes maliennes sont entravées par le dangereux blocus de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda. Si quelques camions parviennent à franchir frauduleusement la frontière, les contrôles renforcés du côté burkinabè dissuadent la plupart des tentatives. L’offre se raréfie donc et les prix explosent dans le parc à bestiaux de la capitale économique ivoirienne.

Assimi Barry, un vendeur qui exerce dans ce marché depuis quatre décennies, confie son désarroi : il possède 300 têtes de bétail bloquées à la frontière burkinabè, sans possibilité de les faire entrer en Côte d’Ivoire. Même constat pour Ibrahim Sow, un autre commerçant, qui évoque 150 bêtes immobilisées à Koutiala, au Mali, tous frais déjà réglés. Il précise que son patron lui envoyait habituellement jusqu’à 200 têtes depuis le Burkina pour la Tabaski, mais que cette année, seule une fraction a pu être acheminée. Selon lui, l’approvisionnement est deux fois moins important que l’année précédente.

Les tractations vont donc bon train sur le marché. Lagazane Ouattara, un acheteur prudent resté à l’abri dans sa voiture pour préserver ses chaussures de la gadoue, propose fermement 250 000 francs CFA (381 euros) pour un bélier, menaçant d’aller voir ailleurs. En face, le vendeur justifie son prix par la rareté des animaux et assure que son mouton vaut 500 000 francs CFA (762 euros). Après un long marchandage, Lagazane Ouattara repart finalement avec un imposant bélier acquis à 320 000 francs CFA (487 euros), tout en déplorant des tarifs plus élevés que l’an dernier. Assimi Barry estime qu’avec 200 000 francs CFA (304 euros) on pouvait obtenir un bon bélier l’année passée, alors qu’il faut désormais compter au minimum 250 000 francs (381 euros).

Ce budget reste souvent inaccessible dans un pays où le salaire minimum est fixé à 75 000 francs (115 euros). Kassoum Ouattara, un autre acheteur, confie à l’AFP les difficultés qu’il rencontre pour trouver une bête avec son enveloppe habituelle de 150 000 francs CFA (228 euros). Mercredi, à une semaine de la fête, le ministre ivoirien du Commerce, Ibrahim Kalil Konaté, a assuré que près de 165 000 têtes de moutons étaient déjà disponibles sur le marché, soit 47 % des besoins nationaux pour la Tabaski, avec des prix adaptés à tous les budgets. Mi-mai, les autorités avaient exprimé leur volonté de renforcer la production locale, qui couvre actuellement entre 25 et 45 % des besoins selon les chiffres officiels. Reste à convaincre les acheteurs de se tourner vers les moutons ivoiriens, réputés moins imposants que ceux des voisins sahéliens, pour cette fête prestigieuse.

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