Société
Du pouvoir d’achat aux services publics, la rue ne raccroche pas
Une nouvelle journée de mobilisation a rassemblé des centaines de milliers de personnes partout en France, cinq jours avant la grande journée de grèves…

Mis à jour le 31 octobre à 18h53
Une nouvelle journée de mobilisation a rassemblé des centaines de milliers de personnes partout en France, cinq jours avant la grande journée de grèves annoncée par les syndicats. À Paris, la fin de cortège a basculé en affrontements avec les forces de l’ordre.
C’est le troisième acte d’un mouvement qui s’installe. Cette fois, l’appel est venu d’anciens gilets jaunes, de syndicats, de lycéens et d’étudiants, réunis autour de deux mots d’ordre, le pouvoir d’achat et la défense des services publics. Le calendrier n’a rien d’anodin. Ce rendez-vous tombe cinq jours avant la journée de grèves et de manifestations lancée par l’intersyndicale, fixée au jeudi 5 novembre. La pression ne redescend donc pas, elle se déplace.
Sur les chiffres, les versions divergent franchement. Les autorités comptabilisent 320 000 manifestants dans le pays, dont 70 000 à Paris, alors qu’elles en avaient dénombré 410 000 la semaine précédente. La CGT, elle, avait annoncé 800 000 personnes sept jours plus tôt. L’Intersyndicale de la jeunesse avance pour sa part près de 500 000 participants, et 200 000 dans la capitale. En région, les écarts se répètent. Bordeaux a réuni 11 000 personnes selon les comptages officiels, contre 15 500 la semaine d’avant. Marseille en a rassemblé 10 000, Lyon 19 000, Grenoble 7 300.
La capitale a fini par déraper. Dans l’est de Paris, au moins un engin incendiaire a été lancé en direction des forces de l’ordre en fin de parcours. Des pavés ont été descellés à coups de marteau avant d’être projetés sur les policiers. La riposte est venue en gaz lacrymogènes et en plusieurs charges à la matraque. Les autorités évoquent un groupe de 200 à 300 émeutiers s’en prenant aux policiers et aux gendarmes. Ailleurs, le scénario se répète par intermittence. À Marseille, le cortège a défilé près de deux heures sans incident avant que des projectiles ne soient jetés sur les forces de l’ordre, qui ont dispersé les groupes hostiles. À Lyon, un manifestant légèrement blessé à la jambe a été transporté à l’hôpital, sans que l’origine de la blessure soit établie. À Grenoble, environ 200 individus assimilés aux black blocs ont pris à partie les policiers avec des pavés, des bouteilles et des tirs de mortiers. À Lille, la brigade de police motorisée a chargé à plusieurs reprises après des jets de projectiles.
Dans les cortèges, la colère se dit sans détour. Margaux, 35 ans, manifestante parisienne, a le sentiment que le gouvernement ne les écoute pas. À Nantes, Camille Guérin, 31 ans, refuse à la fois le prix de la vie et l’extrême droite, et soutient les revendications lycéennes comme la parole citoyenne. À Marseille, Sofia, artiste peintre de 32 ans, estime que la colère dépasse désormais le seul mouvement lycéen et traduit un ras-le-bol général contre une société où les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. Sur les dégradations, Rémi, jeune salarié de 23 ans, prend de la distance et refuse de pleurer pour quelques vitres. Les pancartes font le reste. À Lyon, l’une d’elles ironise sur un Père Noël qui aurait les boules. À La Rochelle, un slogan aligne le massacre des services publics, la manipulation des médias et la banalisation de l’extrême droite.
La suite s’annonce chargée. L’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante appellent à bloquer lycées et universités mardi et jeudi, en réaction à l’interdiction du parcours parisien initialement prévu. Un rassemblement non autorisé de 200 personnes rue de la Roquette a été invité à rejoindre le cortège officiel ou à se disperser. Les gilets jaunes donnent déjà rendez-vous avec une assemblée des assemblées, le week-end des 21-22 ou des 28-29 novembre, sur place ou en visio, pour fédérer les luttes. Leur objectif, élargir la mobilisation pour les libertés et l’égalité réelle, augmenter la pression économique sur le pays et aller vers la grève générale.
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