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El Niño serre l’étau, des fumées de Bornéo aux coupures de courant en Birmanie

Le phénomène qui réchauffe le Pacifique dérègle la météo sur plusieurs continents et pousse les prix comme les températures à la hausse. Il ne devrait pas…

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El Niño serre l'étau, des fumées de Bornéo aux coupures de courant en Birmanie

Le phénomène qui réchauffe le Pacifique dérègle la météo sur plusieurs continents et pousse les prix comme les températures à la hausse. Il ne devrait pas faiblir avant février.

Le Pacifique continue de chauffer, et une bonne partie de la planète en subit les conséquences. Ce phénomène climatique, qui réchauffe les eaux de l’océan Pacifique, multiplie sécheresses, inondations et épisodes météo extrêmes. Selon les prévisions, il atteindra son point culminant en décembre avant de se maintenir jusqu’en février.

En Indonésie, les flammes ravagent forêts et plantations depuis des mois sur les îles de Bornéo et de Sumatra. Les fumées qui s’en échappent forment un brouillard épais sur toute la région. La Malaisie a fermé des établissements scolaires, jusque dans sa capitale Kuala Lumpur, et Singapour a allégé la facture médicale des patients souffrant de troubles respiratoires liés à cette pollution. La Malaisie a également réclamé une réunion urgente de l’ASEAN sur le sujet. Des dizaines de milliers de personnes sont tombées malades, et des défenseurs de l’environnement ont dû secourir des dizaines d’orangs-outans piégés par les flammes, à l’image de Novita, une femelle retrouvée cramponnée au sommet d’un arbre dans la partie indonésienne de Bornéo. « Avant que nous ne l’atteignions, elle a dû traverser le feu pour parvenir jusqu’à l’arbre et y grimper, ce qui a brûlé la plante de ses pieds et ses orteils », raconte Jamartin Sihite, directeur général de la fondation Borneo Orangutan Survival pour Kalimantan.

Plus loin, en Amazonie brésilienne, la ville de Manaus a fermé ses écoles publiques face à un air jugé très mauvais, conséquence de centaines de départs de feu dans la forêt tropicale. L’État d’Amazonas, dont Manaus est la capitale, a recensé 3 726 foyers d’incendie en septembre, près de quatre fois plus qu’un an auparavant.

Le réseau électrique birman subit lui aussi la pression d’une chaleur inhabituelle pour la saison. Les autorités ont prévenu la population que des coupures pouvaient survenir, la consommation grimpant avec les températures. Les services météorologiques du pays annoncent pire encore, avec des pluies et des tempêtes anormales, des sécheresses, une chaleur extrême et des difficultés d’accès à l’eau potable. Aux Philippines, la ministre de l’Énergie Sharon Garin a expliqué que l’État se préparait à une demande accrue et à une production hydroélectrique en baisse, appelant la population à adopter un « état d’esprit de sobriété énergétique ».

Du côté des institutions internationales, l’inquiétude porte surtout sur l’assiette des plus fragiles. La directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, se dit « très préoccupée » et redoute des conséquences sur la sécurité alimentaire, tout en assurant que l’institution se tient prête à soutenir les pays vulnérables si la situation se durcit. Le Programme des Nations unies pour le développement met en garde contre un enchaînement dangereux entre coûts d’emprunt élevés, prix de l’énergie en hausse et El Niño, capable selon lui de faire basculer à nouveau des dizaines, voire des centaines de millions de personnes dans la pauvreté. Dans le sud de Madagascar, les acteurs humanitaires craignent une aggravation de la malnutrition, et Save the Children a doublé le budget de sa branche locale pour y faire face.

Les scientifiques, eux, observent un épisode d’une ampleur rare. La température de surface de la mer dans la zone de référence du Pacifique a atteint 29,70 °C en septembre, un niveau inédit, supérieur de 4,0 °C à la normale selon l’agence météorologique japonaise. Les océans du globe ont eux aussi connu des températures record pour ce mois. El Niño pourrait contribuer à faire de 2026 l’année la plus chaude jamais mesurée. Autre effet moins attendu, l’Atlantique n’a vu naître qu’un seul ouragan depuis début juin, une activité cyclonique inhabituellement calme. En Thaïlande, les inondations ont tué 71 personnes depuis la mi-septembre.

Le terme de « super El Niño », employé pour qualifier l’épisode actuel, n’a rien d’officiel ni de scientifique. Les valeurs relevées dans le Pacifique dépassent déjà les maxima de précédents épisodes marquants, ceux de 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016. La comparaison reste pourtant délicate, car le changement climatique a réchauffé les océans dans leur ensemble. Les climatologues s’efforcent donc de distinguer la part d’El Niño de cette tendance de fond, et sur ce critère, l’épisode en cours n’a pas encore dépassé en intensité les plus grands du passé.

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