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À Madrid, la colère du logement prend ses quartiers sur la Puerta del Sol

Depuis samedi soir, des centaines de personnes occupent la Puerta del Sol pour obtenir de meilleures protections pour les locataires. L’expulsion d’une…

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À Madrid, la colère du logement prend ses quartiers sur la Puerta del Sol

Depuis samedi soir, des centaines de personnes occupent la Puerta del Sol pour obtenir de meilleures protections pour les locataires. L’expulsion d’une femme de 87 ans a suscité une vive émotion et remis le logement au centre des préoccupations.

La Puerta del Sol, immense place du centre de Madrid, s’est muée en campement. Depuis samedi soir, plusieurs centaines de manifestants et de militants y ont dressé leurs tentes, bien décidés à faire entendre leur voix. « Nous allons donner vie à tout cela afin que le logement cesse d’être un bien de marché pour devenir un bien de première nécessité », a lancé dimanche matin l’un des organisateurs, mégaphone à la main, au milieu des tentes où beaucoup ont passé la nuit. Le lieu n’a rien d’anodin. C’est ici même qu’en 2011 un mouvement s’était levé contre l’austérité et la corruption au lendemain de la crise de 2008. Aujourd’hui, les banderoles reviennent. « Nous sommes tous Maricarmen », « Plus une seule Maricarmen », peut-on lire un peu partout.

Ce nom, Maricarmen Abascal, est devenu celui d’un combat. Mercredi, les images de l’expulsion de cette femme de 87 ans ont bouleversé le pays. Elle a dû quitter l’appartement qu’elle occupait depuis 70 ans après qu’une société immobilière a racheté le bien et fait bondir son loyer de 275 %, le portant à 2.650 euros. Depuis l’hôpital où elle est soignée pour épuisement, elle a appelé les Espagnols à se mobiliser. « Ce qui m’est arrivé ne doit plus arriver à d’autres », a-t-elle déclaré dans un message vidéo diffusé en ligne. « Cela doit encourager les gens à se battre et à contribuer à changer les lois qui ont permis mon expulsion. »

Le cas de cette octogénaire est loin d’être isolé. Il met en lumière une crise qui ronge tout le pays, où les locations touristiques de courte durée et les fonds d’investissement sont montrés du doigt, accusés de faire flamber les prix et de réduire l’offre. En dix ans, le prix moyen du mètre carré à la location a presque doublé, atteignant 15,1 euros en août. À l’achat, il s’établit à 2.355 euros, une hausse de plus de 50 % sur la même période. Madrid concentre ces tensions de façon extrême, avec un parc social si restreint que certains logements sont attribués par loterie. Le syndicat des locataires, qui a invité la population à rejoindre le campement, résume la situation sans détour sur les réseaux sociaux. « Nous n’en pouvons plus. Soit le système de location s’effondre, soit le gouvernement tombe. »

Sous la pression, le gouvernement de Pedro Sanchez devrait approuver un train de mesures lors du prochain conseil des ministres. Surnommé le « décret Maricarmen », il prévoit le renouvellement automatique des contrats de location et un durcissement des restrictions sur les expulsions. Reste à savoir s’il verra le jour, car l’exécutif ne dispose pas de la majorité et un projet de loi similaire avait été rejeté plus tôt cette année. Dans les rues de Madrid, on assure que le campement durera le temps qu’il faudra. « Pendant qu’on s’organise, l’eau continue de monter, et on en a déjà jusqu’au cou », résume Sergio, 28 ans, qui a passé la nuit sous une tente.

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