Nous rejoindre sur les réseaux

Politique

Fos-sur-Mer s’énerve de voir sa transition énergétique faire du surplace

Zone industrielle parmi les plus émettrices de CO2 de France, Fos-sur-Mer attend toujours des réponses concrètes. Entre promesses non tenues et…

Article

le

Fos-sur-Mer s'énerve de voir sa transition énergétique faire du surplace

Zone industrielle parmi les plus émettrices de CO2 de France, Fos-sur-Mer attend toujours des réponses concrètes. Entre promesses non tenues et infrastructures contestées, élus et industriels montent au créneau.

À Fos-sur-Mer, la mue verte de l’industrie n’est pas pour demain. Les industriels et les élus locaux perdent patience. Cette zone industrialo-portuaire des Bouches-du-Rhône se classe deuxième parmi les plus gros émetteurs de CO2 du pays, juste derrière Dunkerque. Sidérurgie, pétrochimie, terminaux pétroliers… Le territoire doit absolument se réinventer pour respecter les engagements climatiques de la France. Mais les projets attendus pour engager cette transformation s’accumulent sans avancer.

Le besoin d’électricité est devenu le point de blocage central. La région Paca consomme déjà tout ce que son réseau peut offrir. Or la demande va doubler dans les dix ans à venir. La décarbonation des usines lourdes, les futures filières hydrogène ou e-carburants, l’éolien en mer, les data centers et la mobilité électrique exigent tous plus de courant. Pour répondre à cette pression, RTE a imaginé une ligne à très haute tension. Elle doit traverser les Costières de Nîmes, la Camargue et la plaine de la Crau, portée par 145 pylônes de 40 à 60 mètres de haut. Un tracé qui déclenche une vive opposition. Écologistes, riverains et certains élus craignent pour les espaces naturels protégés et pour le tourisme. Ils comptent bien le faire savoir à nouveau le 19 septembre.

Pendant ce temps, les chefs d’entreprise veulent des décisions rapides. Jean-Luc Chauvin, à la tête de la chambre de commerce et d’industrie Aix-Marseille Provence, ne cache pas son exaspération. « On attend des décisions, on attend des solutions. Il faut arrêter de perdre du temps ! » Son message à l’État est limpide. Qu’importe le chemin exact de la ligne, l’essentiel est qu’elle arrive enfin. « Moi, ce qui m’intéresse, ce n’est pas par où elle passe, c’est quand elle arrive ! » insiste-t-il.

Du côté des services de l’État, la machine avance avec une lenteur qui exaspère. Le débat public global, mené sous l’égide de la Commission nationale du débat public, a pris fin il y a un an. La préfecture a lancé fin août une « concertation continue » sur les différents projets et leurs impacts, qu’il s’agisse de l’eau, de l’air, des compensations environnementales ou des mobilités. Mais cette concertation ignore la ligne électrique. Celle-ci devra attendre une enquête publique promise avant la fin de l’année, avant une éventuelle déclaration d’utilité publique. Le feu vert de l’État n’est donc pas pour tout de suite.

Jean-Christophe Amarantinis, président de l’Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône, parle d’un jeu de dupes. « L’État joue la montre. Ce n’est pas acceptable ! » Selon lui, les pouvoirs publics répètent depuis deux ans que les dossiers avancent, que les financements vont être débloqués, que tout est scellé. Rien de concret n’a suivi. Et la prochaine élection présidentielle risque de balayer ces promesses sans lendemain.

À Fos, le maire Philippe Maurizot refuse de se laisser bercer par les annonces. Il pointe un cercle vicieux. Les industriels ont besoin d’infrastructures pour se développer, de routes, de voies ferrées, de logements, d’écoles et d’hôpitaux pour accueillir de nouveaux travailleurs. Mais l’État n’apporte pas l’argent nécessaire. Sans infrastructures, pas d’investisseurs. Et sans investisseurs, pas d’infrastructures. « C’est le serpent qui se mord la queue », soupire l’édile. Il ajoute que l’État, tous gouvernements confondus, manque de vision pour cette zone depuis plus de cinquante ans.

Les exemples passés n’incitent guère à l’optimisme. En mai, le projet de giga-usine photovoltaïque Carbon, qui promettait 1,5 milliard d’euros d’investissement et plus de 3 000 emplois directs, a été abandonné, pour des raisons étrangères à la question électrique. « On en a tellement vu des projets qui n’ont jamais abouti… » lâche le maire. Il rappelle que la zone, qui concentre 17 sites Seveso et l’essentiel de l’activité du Grand port maritime de Marseille, ne dispose toujours pas d’un seul kilomètre d’autoroute pour la desservir.

En attendant, le temps passe et les objectifs climatiques, eux, ne bougent pas. La transformation de Fos-sur-Mer est censée devenir un symbole de la réindustrialisation verte à la française. Mais tant que les arbitrages ne tombent pas, ce symbole risque de rester une coquille vide. Les habitants, les élus et les industriels, eux, regardent l’horloge tourner.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus