Culture
Des pellicules oubliées racontent le Taïwan d’avant
Des milliers de films en taïwanais ont marqué une génération entière. Aujourd’hui, une poignée de passionnés se bat pour les sauver de la décomposition.


Des milliers de films en taïwanais ont marqué une génération entière. Aujourd’hui, une poignée de passionnés se bat pour les sauver de la décomposition.
Dans une vieille maison en briques du centre de Taïwan, Wang Wei fouille des cartons poussiéreux. Il cherche des bobines de film, vestiges d’un âge d’or du cinéma local. Entre les années 1950 et la fin des années 1960, des centaines de films en taïwanais ont été tournés, malgré la censure du régime du Kuomintang qui imposait le mandarin comme langue unique. Produits à la va-vite avec des moyens limités, ces taiyupian étaient pourtant un phénomène populaire. Ils parlaient directement à une population qui, formée sous le colonialisme japonais, ne maîtrisait pas le mandarin. Aujourd’hui, sur les 1 200 films estimés, il n’en reste qu’un sixième à peine. Le reste a pourri, brûlé ou disparu.
L’urgence est réelle. Les bobines qui subsistent sont souvent dans un état critique. La chaleur et l’humidité de l’île accélèrent leur dégradation. Certaines pellicules souffrent du syndrome du vinaigre, une réaction chimique qui les rend cassantes comme du verre. Dans un centre de restauration, Wu Long-hao les répare à la main avec du ruban adhésif, un scalpel et de l’huile d’eucalyptus. Il sait que certaines ne passeront qu’une seule fois dans le scanner. Si elles cassent, c’est fini. Wang Wei, lui, traque ces trésors depuis dix ans. Il en a déjà retrouvé dans un vieux cinéma de Los Angeles. Avec l’institut public TFAI, il tente de sauver ce qui peut l’être. Des centaines de bobines dorment encore dans des entrepôts réfrigérés, en attendant d’être numérisées.
Ces films ne sont pas de simples objets de nostalgie. Ils capturent des paysages, des visages et surtout une langue, le taïwanais ancien, avec son argot et ses dialogues du quotidien. Pour les linguistes et les historiens, c’est une mine d’or. Pour les Taïwanais de l’époque, c’était un exutoire. Sous la loi martiale et la répression culturelle, ces histoires de joie, de tristesse, d’amour et de perte leur apportaient un réconfort profond. Le dernier taiyupian a été tourné en 1981. Puis les séries télévisées ont tué le genre. Mais ceux qui les ont faits, et ceux qui les ont vus, méritent qu’on se souvienne d’eux. Comme le dit Wang Wei, ces films sont un hommage à ceux qui ont filmé le Taïwan d’avant, et si les bobines disparaissent, il n’y aura aucun moyen de les récupérer.
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