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En Espagne, la campagne s’ouvre avec le fantôme d’une expulsion qui a fait basculer le pays

La mort de Maricarmen Abascal, retraitée de 87 ans expulsée de son logement madrilène, plane sur les législatives anticipées du 29 novembre. Pedro Sánchez…

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En Espagne, la campagne s'ouvre avec le fantôme d'une expulsion qui a fait basculer le pays

La mort de Maricarmen Abascal, retraitée de 87 ans expulsée de son logement madrilène, plane sur les législatives anticipées du 29 novembre. Pedro Sánchez et son rival conservateur lancent leurs meetings au même moment, sur deux terrains opposés.

Maricarmen Abascal n’aura pas vu la campagne qu’elle a provoquée. Cette femme de 87 ans, poussée hors de son appartement à Madrid, s’est éteinte à l’hôpital dans la nuit de mercredi. Son expulsion, à la fin du mois de septembre, avait fait descendre des milliers de personnes dans la rue à travers tout le pays. L’indignation a grandi jusqu’à devenir une crise politique ouverte. Le rejet de deux textes sur le logement, portés par la gauche en réponse à cette colère, a fini par entraîner la convocation d’élections anticipées. Le scrutin du 29 novembre s’annonce comme l’un des plus incertains de ces dernières années.

C’est dans ce contexte tendu que Pedro Sánchez effectue son premier déplacement. Le Premier ministre socialiste, au pouvoir depuis huit ans, a choisi l’Andalousie, dans le sud du pays, et plus précisément Dos Hermanas, en banlieue de Séville. Le lieu n’a rien d’anodin. C’est là qu’il avait lancé sa campagne de 2023, un rendez-vous qui lui avait permis de conserver le pouvoir alors que les pronostics lui étaient défavorables. C’est aussi dans ce bastion socialiste qu’il avait entamé son retour politique après avoir quitté la tête du Parti socialiste en 2016. Devant ses partisans, il compte porter un message simple, résumé dans un entretien accordé vendredi, où il a affirmé que l’Espagne avait besoin de plus de progrès sociaux et de moins d’insultes de la droite. Il veut notamment faire interdire les expulsions locatives, comme celle qu’a subie Maricarmen Abascal.

Face à lui, Alberto Núñez Feijóo prend la parole quasiment au même moment, depuis le parc des expositions Ifema, à Madrid. Le chef de file du Parti populaire devrait revenir à l’attaque sur la gestion de la crise migratoire de Ceuta, où il s’est rendu mercredi en promettant un retour à la normale s’il accédait au pouvoir. Plus de 70 000 migrants étaient entrés dans cette enclave les 30 et 31 juillet, avant que la grande majorité d’entre eux ne reparte vers le Maroc. Sur place, il a qualifié la situation de symptôme du déclin, de la corruption et du mensonge dans lesquels le pays aurait sombré sous son rival socialiste, appelant à un changement profond.

Reste que le logement et, plus largement, le coût de la vie devraient dominer les premières prises de parole des deux dirigeants. C’est la première préoccupation des Espagnols, et la rue le rappelle sans relâche. Dans plusieurs villes, et notamment au cœur de Madrid, des campements restent occupés par des manifestants qui réclament une meilleure protection des locataires. La lutte continue, répètent-ils, en reprenant un même slogan dans les cortèges et sur les places, des maisons pour vivre, pas pour spéculer. Pour peser sur le débat, les deux grands syndicats du pays, CCOO et UGT, ont appelé à une grève générale le 11 novembre. Ce serait la première du genre depuis 2012.

Près de 39 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. Les sondages placent le Parti populaire devant les socialistes, mais sans lui offrir de majorité absolue. Un scénario qui donnerait à Vox, troisième force politique du pays et en progression dans les enquêtes d’opinion, le rôle d’arbitre du futur Parlement. Autrement dit, la campagne qui démarre ne se jouera pas seulement sur les bilans sortants. Elle se jouera aussi sur la capacité des deux camps à parler d’un loyer trop cher, d’un salaire trop court et d’une colère qui, elle, ne redescend pas.

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