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À Villebernier, les maraîchers ont planté leurs poireaux à deux heures du matin pour sauver leur été

La ferme Breau, exploitée en famille depuis quatre générations près de Saumur, a traversé un été de chaleur et de sécheresse en changeant tout son rythme…

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À Villebernier, les maraîchers ont planté leurs poireaux à deux heures du matin pour sauver leur été

La ferme Breau, exploitée en famille depuis quatre générations près de Saumur, a traversé un été de chaleur et de sécheresse en changeant tout son rythme de travail. Bilan, une perte de récolte limitée à 10 %, très loin des 35 % relevés en moyenne chez les maraîchers français.

Sur les cent hectares de cette exploitation de Villebernier, dont vingt en bio, l’été a bousculé chaque geste. Les plants de poireaux se sont retrouvés en terre à deux heures du matin, sous les projecteurs, pour qu’ils ne brûlent pas. Le sol sablonneux de la région, réputé idéal pour le maraîchage, bordé par une Loire encore très basse début octobre, n’a pas suffi à mettre les cultures à l’abri. Elliott Breau, 22 ans, quatrième génération de la famille, ne se dit pas découragé. Il préfère retenir ce que ces semaines harassantes ont apporté, des pratiques améliorées et des tentatives nouvelles.

La salade a concentré toutes les inquiétudes. Sur les quarante hectares cultivés en plein champ, elle reste la production principale, et elle est composée à 95 % d’eau. Quand la chaleur devient trop forte, elle panique et se met à monter en graine, un réflexe de survie qui gâche la récolte. Sébastien Breau, 51 ans, oncle d’Elliott, décrit ce phénomène de montaison, cette façon qu’a la plante de sentir sa fin et de chercher à se reproduire. Il fallait donc redoubler d’attention, surveiller les chenilles, bien plus nombreuses que d’habitude, et contenir les mauvaises herbes. Les arrosages se sont installés tard le soir, les cueillettes se sont faites avant midi.

Six associés, oncles et cousins dont trois jeunes adultes, et une trentaine de salariés ont tenu ce rythme, avec une amplitude horaire proche de vingt-quatre heures et une gestion de l’eau au plus près. La coopérative Rosée des champs, à laquelle l’exploitation est associée, a envoyé ses techniciens pour accompagner cet été particulier. Un hiver pluvieux a permis aux autorités du Maine-et-Loire de répondre favorablement, le plus souvent, aux demandes d’eau des maraîchers. Au bout du compte, la ferme n’a perdu que 10 % de sa récolte, là où la moyenne nationale grimpe à 35 %.

L’été ne s’est pas arrêté aux portes des champs. Sur les sites de traitement, à Doué-en-Anjou, les cagettes passent désormais par le frigo dès leur arrivée, histoire de faire baisser la température avant que tout ne s’abîme. Le long des tapis roulants, les pareurs ont revu leurs gestes pour s’adapter à des salades plus petites que la norme, au poids très inférieur. Augustin Ringô, directeur général de la coopérative, observe aujourd’hui les dernières laitues rouges, plantées sur plusieurs dizaines de mètres, qui ont profité du retour des nuits froides. Dans le bassin nantais, où l’on cultive surtout des jeunes pousses et de la mâche, d’autres ont préféré les filets d’ombrage. Le service statistique du ministère de l’Agriculture doit livrer fin octobre ses premières estimations pour les légumes.

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