Politique
La France met 436 milliards sur la table pour ses armées d’ici 2030
Le Parlement s’apprête à voter une hausse massive du budget militaire, mais son financement et sa pérennité restent flous. Une loi votée pour sept mois…


Le Parlement s’apprête à voter une hausse massive du budget militaire, mais son financement et sa pérennité restent flous. Une loi votée pour sept mois, avant que le prochain président de la République ne puisse tout remettre à plat.
Mercredi, l’Assemblée nationale doit donner son feu vert définitif à une nouvelle version de la loi de programmation militaire. Le texte prévoit d’investir 436 milliards d’euros dans les armées d’ici 2030, soit 36 milliards de plus que prévu en 2023. L’objectif est clair faire grimper le budget annuel de la défense à 2,5% du produit intérieur brut. Une trajectoire ambitieuse, mais qui dépendra de l’arbitrage annuel des députés lors des discussions budgétaires. En clair, cette promesse n’est pas gravée dans le marbre.
Le gouvernement justifie cet effort par le retour d’expérience des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Il veut renforcer les stocks de missiles et d’obus, mais aussi accélérer les investissements dans les drones. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, assure que le contexte géostratégique rend cette loi nécessaire. Pourtant, même parmi les soutiens du texte, des voix s’élèvent pour dire que l’enveloppe est encore trop juste. Le sénateur LR Cédric Perrin, pourtant rapporteur du texte, estime que les menaces sont sous-estimées. Un compromis a été trouvé pour avancer certaines dépenses de 2029 et 2030 à 2028, mais le flou demeure.
Au-delà du budget, le texte introduit plusieurs mesures controversées. Il crée un nouvel « état d’alerte de sécurité nationale » qui permettrait au gouvernement, par simple décret, de déroger à des normes environnementales ou d’urbanisme en cas de menace grave. Une source gouvernementale donne l’exemple de la construction d’abris pour avions Rafale sans respecter les règles de protection des espèces. Les oppositions dénoncent un régime d’exception qui s’installe dans le droit commun. Le texte autorise aussi les opérateurs privés, comme les aéroports, à utiliser des dispositifs antidrones, et élargit le recours aux algorithmes par les services de renseignement pour analyser les données de connexion, notamment contre la criminalité organisée.
Les clivages politiques sont nets. Le RN, qui avait voté pour en première lecture, pourrait changer son fusil d’épaule. Son député Laurent Jacobelli parle d’une « loi pour sept mois » et juge les réponses insuffisantes. À gauche, les socialistes voteront pour, malgré des inquiétudes sur le financement et les coupes budgétaires. Le reste de la gauche LFI, écologistes, communistes s’y oppose, échaudée par les mesures sécuritaires. Au final, l’enjeu est aussi symbolique pour Emmanuel Macron, qui espère promulguer la loi avant le 14 juillet. Mais le véritable calendrier est ailleurs dès 2027, le prochain locataire de l’Élysée pourra écrire sa propre loi et tout recommencer.
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