Société
Un rapport parlementaire dénonce les failles de l’État et des industriels dans la crise du lait infantile

La gestion de la contamination des laits infantiles, révélée fin 2025, a mis en lumière des défaillances tant du côté des pouvoirs publics que des fabricants, selon un rapport parlementaire rendu public mardi.
L’enquête parlementaire souligne que ces carences doivent impérativement être corrigées pour faire face à d’éventuelles alertes sanitaires futures. L’affaire avait éclaté en décembre 2025 lorsque Nestlé avait procédé au retrait de dizaines de lots dans une soixantaine de pays, en raison d’une suspicion de présence de céréulide, une toxine susceptible de provoquer des vomissements sévères chez les nouveau-nés. La situation s’était ensuite aggravée avec une série de rappels similaires touchant des géants comme Danone et Lactalis, ainsi que des acteurs plus modestes, jusqu’en février dernier. Tous ces produits partageaient un point commun : un ingrédient, une huile riche en acide arachidonique (ARA), fourni par un même sous-traitant chinois.
Des familles et des associations avaient alors reproché aux industriels d’avoir tardé à lancer les rappels, et à l’État de s’être trop fié à leur diligence. Les rapporteurs de la mission parlementaire estiment que la chronologie des événements révèle un problème majeur. Ils relèvent notamment que Nestlé, après avoir identifié le 24 décembre que la contamination provenait de l’huile ARA, n’a informé les autres industriels que le 30 décembre, puis les autorités françaises le 5 janvier. Les parlementaires s’interrogent également sur la fiabilité des contrôles effectués en Chine et déplorent les moyens insuffisants des agences de contrôle françaises, qui les poussent à s’en remettre de plus en plus aux autocontrôles des entreprises.
Le rapport remet en cause l’application du principe de précaution. Les rapporteurs se demandent s’il n’aurait pas été plus prudent de rappeler immédiatement l’ensemble des lots contenant l’huile ARA provenant du fournisseur chinois, plutôt que de maintenir sur le marché des produits potentiellement contaminés en attendant les résultats des analyses. Si les industriels avancent le risque de pénuries pour justifier cette prudence, les parlementaires estiment qu’il convient de vérifier si des considérations économiques n’ont pas prévalu.
La réactivité des autorités sanitaires est également pointée du doigt. Plus d’un mois s’est écoulé entre le début de l’alerte alimentaire et le déclenchement de l’alerte sanitaire, une période durant laquelle des nourrissons ont continué à consommer des laits contaminés. La communication en direction des professionnels de santé est jugée tardive, puisqu’ils n’ont été informés qu’au bout de dix-sept jours. Les consommateurs, pour leur part, ont exprimé un sentiment de confusion et un manque de transparence.
Les conséquences sanitaires de cette crise demeurent floues. Les autorités françaises avaient initialement signalé trois décès de bébés ayant consommé un lait rappelé. Mais pour deux d’entre eux, les enquêtes ont écarté la responsabilité du produit. En vue de prévenir de futures crises, les rapporteurs formulent quatorze recommandations. Ils préconisent notamment de renforcer les critères de sélection des matières premières entrant dans la composition des laits, comme l’huile ARA, et d’accroître les contrôles indépendants, dont le financement serait assuré par les industriels. Ils suggèrent également de réviser la liste des substances réglementées par l’Union européenne et d’étudier l’intégration de la toxine céréulide. Enfin, ils appellent à améliorer les procédures d’alerte pour les aliments destinés aux enfants et à relever le niveau d’exigence du cadre réglementaire applicable aux préparations infantiles, afin de le rapprocher de celui des médicaments.

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