Culture
Douglas Kennedy, architecte de récits entre deux mondes

Le romancier américain, figure incontournable de la scène littéraire transatlantique, explore les fractures de l’Amérique trumpienne tout en sondant les profondeurs de l’âme humaine dans son dernier ouvrage.
Surnommé le plus européen des écrivains américains, Douglas Kennedy revient en librairie avec un nouveau roman intitulé « L’homme qui n’avait pas assez d’une vie », publié chez Belfond. Ce vingt-septième livre constitue la suite d’un de ses succès majeurs, « L’homme qui voulait vivre sa vie », paru il y a près de trois décennies. L’intrigue suit le parcours d’un Américain qui choisit de disparaître pour reconstruire son existence ailleurs.
Traduit en seize langues, ce précédent roman avait rencontré un accueil remarquable en France, où l’auteur a écoulé plus de huit millions d’exemplaires. « Je pourrais dire que les Français ont un excellent jugement », plaisante-t-il. « Mais je crois surtout qu’ils apprécient les sujets et la façon dont les écrivains américains les traitent, comme Paul Auster ou Jim Harrison. »
Pour cet homme de lettres, la qualité d’un romancier réside dans sa capacité à observer le monde réel. « Un bon écrivain descend dans la rue, il ne se regarde pas le nombril », affirme-t-il. « Il est essentiel d’être immergé dans la vie, constamment. » À soixante et onze ans, ce polyglotte partage son existence entre Londres, Paris, Berlin et le Maine, un État du nord-est américain où il puise son inspiration.
Cette position privilégiée lui permet d’examiner avec acuité les lignes de fracture entre les États-Unis et l’Europe. Dans des reportages récents, il décrit la montée du nationalisme et du puritanisme depuis le retour de Donald Trump au pouvoir. « Nous traversons un mauvais cycle, et il est attristant de voir Trump tout démanteler », confie-t-il. « Je reste néanmoins confiant que ce cycle finira par s’inverser. »
En 2023, Kennedy avait publié « Et c’est ainsi que nous vivrons », une dystopie annonçant une guerre de sécession américaine entre une Confédération théocratique conservatrice et une République démocratique dominée par les technologies. « Je n’ai jamais écrit deux fois le même livre », insiste-t-il. « Un bon roman, c’est une histoire qui vous empêche de dormir tant l’intrigue est captivante. Mais c’est aussi un reflet de la condition humaine et de la raison pour laquelle nous faisons tant de désordre dans nos vies. »

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