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Les yaks blancs du Kirghizstan, une race rare au service de la résilience

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_**Dans les hauts plateaux d’Asie centrale, une famille d’éleveurs a développé une lignée unique de yaks à la robe immaculée. Cette initiative illustre la volonté de revitaliser un élevage traditionnel tout en répondant aux défis environnementaux.**_

Au cœur des montagnes kirghizes, à plus de trois mille mètres d’altitude, un troupeau singulier se fond dans les étendues neigeuses. Ces yaks d’une blancheur inhabituelle constituent le fruit de plusieurs décennies de travail patient mené par la famille Akmatov. Leur existence témoigne d’un renouveau pour l’élevage de cet animal emblématique, dans un contexte où la pression sur les pâturages et l’évolution du climat imposent de repenser les pratiques agricoles.

Contrairement aux bovins classiques, ces ruminants semi-sauvages supportent sans difficulté les rigueurs de l’hiver, où le thermomètre peut chuter bien en dessous de zéro. Leur adaptation naturelle à ces conditions extrêmes leur permet de paître en liberté toute l’année, sans nécessiter d’abri ou de compléments alimentaires coûteux. Pour les éleveurs, cette rusticité représente un atout majeur face aux aléas météorologiques.

La croissance du cheptel demeure toutefois un processus lent, chaque femelle ne donnant naissance qu’à un veau tous les deux ans en moyenne. La prédation, notamment par les loups, constitue une autre menace permanente, obligeant les bergers à une vigilance de tous les instants. Malgré ces défis, la famille Akmatov poursuit son objectif de faire reconnaître officiellement cette race par les autorités agricoles nationales.

Cette démarche s’inscrit dans une tendance plus large observée au Kirghizstan. Après un déclin prononcé suite à la dissolution de l’Union soviétique, la population de yaks a connu une nette progression depuis la fin des années 1990, dépassant aujourd’hui les soixante mille têtes. Les pouvoirs publics y voient un secteur d’avenir, particulièrement adapté aux zones d’altitude marginales et moins propices à d’autres types d’exploitation.

Les avantages de cet élevage sont multiples. La viande et le lait produits sont considérés comme biologiques, les animaux se nourrissant exclusivement au pâturage. Leur laine, d’une blancheur naturelle, présente des qualités de résistance et une facilité de teinture appréciées. Selon les éleveurs, les coûts de production restent modestes pourvu que les parcours soient de bonne qualité.

La principale difficulté réside cependant dans la gestion et la préservation de ces espaces pastoraux. La dégradation des sols, accentuée par des pratiques inadéquates et les effets du changement climatique, représente une préoccupation majeure en Asie centrale. Une rotation rigoureuse des troupeaux et une allocation raisonnée des terres communales apparaissent comme des conditions indispensables à la pérennité de l’activité.

Le patriarche de la famille, Tachtanbek Akmatov, est une figure respectée dans le pays. Ancien député et président du Parlement, récompensé à plusieurs reprises pour sa contribution à l’agriculture, il a appliqué à l’élevage du yak le savoir-faire acquis avec les moutons. La sélection méticuleuse visant à obtenir une robe uniformément blanche a demandé plus de dix années d’efforts.

Les recherches se poursuivent pour évaluer les spécificités de ces animaux. Leur capacité supposée à mieux résister à la chaleur, grâce à une fourrure qui réfléchirait les rayons ultraviolets, fait notamment l’objet d’études. Préserver les caractéristiques des races locales, parfaitement acclimatées aux rudes conditions montagneuses, est considéré comme une priorité pour assurer la résilience du secteur agricole kirghiz, lequel occupe encore un quart de la population active.

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