Monde
Koweït : la révocation massive de nationalités crée une onde de choc

Des milliers de personnes, majoritairement des femmes, se retrouvent apatrides du jour au lendemain, victimes d’une politique de recentrage identitaire.
Lama, une Jordanienne naturalisée koweïtienne depuis plus de vingt ans, a découvert brutalement qu’elle avait perdu sa citoyenneté en tentant de régler son abonnement à la salle de sport. Son compte bancaire était gelé, et son statut, réduit à néant. Comme elle, des dizaines de milliers d’individus ont été frappés par cette mesure inédite, plongeant des familles entières dans l’incertitude.
Cette vague de révocations s’inscrit dans une série de réformes lancées par l’émir du Koweït, visant à redéfinir les contours de la citoyenneté. Les autorités justifient cette politique par la nécessité de préserver l’identité nationale, en privilégiant les liens du sang. Les femmes ayant acquis la nationalité par mariage, ainsi que certaines personnalités naturalisées pour leurs contributions à la société, sont particulièrement touchées.
Les chiffres officiels, probablement sous-estimés, font état de plus de 37 000 personnes déchues de leur statut depuis août 2024, dont une majorité écrasante de femmes. Une décision qualifiée d' »historique » par des observateurs, mais qui suscite l’indignation des défenseurs des droits humains. Les concernés dénoncent une mesure arbitraire, transformant des vies stables en parcours du combattant administratif.
Cette politique ravive aussi les blessures des « Bidounes », ces apatrides privés de droits depuis des décennies. Pour les analystes, cette purge citoyenne pourrait remodeler le paysage politique koweïtien, en réduisant l’électorat et en consolidant le pouvoir des élites traditionnelles. Les critiques pointent une manœuvre visant à museler toute opposition, dans un pays pourtant considéré comme l’un des plus ouverts du Golfe.
Les conséquences sont déjà tangibles : retraites suspendues, comptes bancaires bloqués, familles déchirées. « On nous traite comme des étrangères dans notre propre pays », lance Amal, une entrepreneuse désormais apatride. Alors que les autorités promettent de maintenir certains avantages sociaux, la colère gronde parmi ceux qui se sentent trahis par une nation qu’ils ont longtemps servie.

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