Société
Un collier connecté à l’IA se présente comme un ami, la Cnil s’en inquiète


_**Un pendentif blanc, promu par une campagne publicitaire massive dans les métros de Paris et New York, ambitionne de devenir un compagnon virtuel permanent. Son fonctionnement, basé sur une écoute continue, soulève de sérieuses questions quant à la protection de la vie privée et a conduit à une saisine de l’autorité française.**_
L’objet, commercialisé par la start-up américaine Friend, se présente comme un accessoire de mode doublé d’une intelligence artificielle conversationnelle. Disponible dans l’Union européenne pour un peu plus d’une centaine d’euros, ce pendentif permet à son utilisateur d’interagir vocalement avec une entité numérique. Le dispositif, alimenté par l’IA Gemini de Google, est conçu pour capter en permanence les sons de son environnement, suscitant immédiatement des interrogations sur son mode opératoire.
Des tests pratiques ont révélé des caractéristiques déconcertantes. L’assistant virtuel adopte un ton direct, parfois perçu comme brusque ou empreint d’un humour décalé, se distinguant ainsi des agents conversationnels plus conventionnels. Au-delà de cette singularité, c’est le modèle de collecte de données qui alarme. L’application associée requiert un consentement étendu, accordant notamment des droits d’enregistrement sur les tierces personnes présentes dans l’entourage de l’utilisateur, sans leur accord explicite.
La Commission nationale de l’informatique et des libertés a été saisie de ces pratiques. L’autorité de régulation exprime des réserves substantielles, pointant le risque d’une captation massive d’informations, potentiellement sensibles, et s’interroge sur leur sécurisation, leur localisation et leur éventuelle réutilisation pour l’apprentissage des systèmes d’intelligence artificielle. Elle a annoncé son intention d’examiner la conformité du produit avec la réglementation européenne sur la protection des données.
Le fondateur de l’entreprise défend son concept, assurant que les données générées par le dispositif, présentées comme des « souvenirs », sont chiffrées. Il affirme viser principalement les jeunes générations, qu’il estime marquées par l’émergence des compagnons artificiels, à l’image de l’impact qu’ont eu les réseaux sociaux auparavant. La campagne promotionnelle agressive, qualifiée de saturation par ses promoteurs, a d’ailleurs provoqué des réactions vives, allant jusqu’à des dégradations d’affiches dans les transports, un phénomène que certains analystes interprètent comme une forme de rejet contemporain des nouvelles technologies.
Le volume exact de ventes reste indéterminé, les chiffres avancés variant entre quelques milliers d’exemplaires physiques et des centaines de milliers d’utilisateurs revendiqués. Alors que le débat s’installe, l’initiative illustre les tensions croissantes entre l’innovation technologique, ses promesses de connexion sociale et les impératifs fondamentaux du respect de la vie privée.





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