Monde
Un ancien exilé prend la tête du HCR, une agence sous tension

L’expérience personnelle de Barham Saleh, nouvellement nommé à la tête du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, forge sa vision d’une institution confrontée à une crise financière et humanitaire d’une ampleur inédite.
L’homme qui dirige désormais la principale agence onusienne de protection des personnes déplacées connaît intimement la réalité de l’exil. Barham Saleh, ancien président de l’Irak, a lui-même été contraint de fuir son pays à plusieurs reprises, subissant la détention et la violence politique. Cette trajectoire personnelle confère une résonance particulière à sa nouvelle fonction, alors que le nombre de personnes déracinées dans le monde a presque doublé en une décennie, atteignant près de 120 millions d’individus.
Lors d’une récente visite au camp de Kakuma, au Kenya, qui abrite plus de trois cent mille réfugiés, le haut-commissaire a évoqué une responsabilité à la fois morale et juridique. Il a insisté sur la nécessité de garantir non seulement une protection, mais aussi des perspectives d’avenir et le respect de la dignité pour les millions de personnes sous la mandat du HCR. Son prédécesseur, Filippo Grandi, a souligné que cette expérience vécue du déplacement constituait un atout précieux pour dialoguer directement avec les populations concernées.
Né en 1960 dans le Kurdistan irakien, Barham Saleh a rejoint dans sa jeunesse l’Union patriotique du Kurdistan, un parti alors réprimé. Arrêté à deux reprises sous le régime de Saddam Hussein, il a enduré la torture avant de trouver asile au Royaume-Uni, où il a poursuivi des études supérieures. De retour en Irak après la chute du régime, il a occupé plusieurs postes ministériels avant d’accéder à la présidence de la République entre 2018 et 2022, fonction largement protocolaire mais qui lui a permis d’affirmer un profil de modéré et de négociateur.
Sa nomination intervient à un moment critique pour l’organisation. Les besoins humanitaires n’ont jamais été aussi importants, tandis que les financements internationaux connaissent une baisse préoccupante, une tendance accentuée par les récentes évolutions politiques dans certains pays donateurs. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a salué en M. Saleh un architecte de réformes, une qualité essentielle pour piloter une agence appelée à se réinventer face à ces défis structurels.
Proche de Barham Saleh décrit un dirigeant profondément humain, pour qui la préservation de l’humanité reste la boussole de toute action. À la tête du HCR, il devra conjuguer cette conviction avec les impératifs d’une gestion rigoureuse et d’un plaidoyer renforcé auprès des États, pour que les droits des réfugiés ne soient pas relégués au second plan des agendas internationaux.

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