Culture
Thomas Jolly, du théâtre aux Pégases, un regard neuf sur le jeu vidéo

Nommé à la tête de la commission Jeux vidéo du CNC, le metteur en scène des cérémonies olympiques de Paris 2024 apporte sa vision d’artiste à un secteur en quête de renouveau.
Le monde du jeu vidéo français accueille une nouvelle voix à sa table de décision. Thomas Jolly, figure majeure de la scène théâtrale et directeur artistique des cérémonies olympiques de Paris 2024, préside désormais la commission Jeux vidéo du Centre national du cinéma et de l’image animée. Sa première mission officielle sera de remettre le prix du meilleur premier jeu lors de la cérémonie des Pégases, qui distingue les productions hexagonales. Cette nomination, qu’il qualifie d’honneur, marque une volonté d’ouvrir les débats à des personnalités issues d’autres horizons artistiques.
Pour le metteur en scène, les passerelles entre la scène et l’univers vidéoludique sont nombreuses et fécondes. Il souligne que ces deux formes d’expression proposent une expérience à la fois personnelle et collective, engageant directement le spectateur ou le joueur. Cette conviction n’est pas théorique. Lors de sa mise en scène de *Richard III* en 2016, il avait déjà intégré un jeu vidéo inspiré de *Pac-Man* comme véritable outil d’accès à l’œuvre de Shakespeare. Son rôle au sein de la commission, qu’il exerce bénévolement, consiste à examiner, aux côtés d’une vingtaine d’experts, les dossiers de demande d’aides à l’écriture, à la préproduction et à la production. Il y retrouve, dit-il, l’esprit des subventions théâtrales, qui permettent à des projets audacieux de voir le jour.
Joueur depuis l’enfance, Thomas Jolly cite *Zelda* et *Assassin’s Creed* parmi ses références majeures. Cette familiarité avec la culture jeu vidéo s’est d’ailleurs manifestée lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris 2024, où le personnage central encapuchonné s’inspirait en partie des héros de cette saga. Une inclusion qui lui semblait naturelle, à l’instar de l’animation, et qui a été bien reçue par la profession. Selon lui, le secteur a longtemps pâti d’une certaine méfiance, voire d’un mépris, de la part des milieux culturels traditionnels, souvent fondé sur une méconnaissance des processus créatifs et des défis techniques qu’il relève.
Alors que l’industrie française traverse une période de turbulences économiques, Thomas Jolly y perçoit un moment charnière, comparable à celui qu’a connu le théâtre face à l’émergence du cinéma. Cette phase de remise en question pourrait, estime-t-il, être l’occasion d’un ressourcement et d’un renouvellement. Il plaide pour un décloisonnement artistique plus poussé, à l’image de la collaboration entre le créateur Hideo Kojima et le musicien Woodkid pour *Death Stranding 2*. Ces ponts, selon lui, sont essentiels pour enrichir la création et ouvrir de nouvelles perspectives narratives et esthétiques.

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