Politique
Un apprenti pilote condamné à vie pour un coup d’État qu’il n’a pas vu venir
Alper Kalin avait 26 ans quand il a été rappelé pour un simple exercice antiterroriste. Cette nuit-là, un putsch a échoué et sa vie a basculé derrière les…

Alper Kalin avait 26 ans quand il a été rappelé pour un simple exercice antiterroriste. Cette nuit-là, un putsch a échoué et sa vie a basculé derrière les barreaux pour toujours.
Le 15 juillet 2016, Alper Kalin s’apprêtait à aller au mariage d’un camarade. Un appel de sa base l’a forcé à changer ses plans. Direction Akinci, près d’Ankara, pour un exercice antiterroriste. Mais ce n’était pas un entraînement ordinaire. Pendant que lui et les autres élèves-officiers étaient coupés du monde, téléphones confisqués et téléviseurs démontés, une partie de l’armée tentait de renverser le président Erdogan. Le putsch a échoué après une nuit de combats, laissant plus de 250 morts. Alper et ses camarades n’ont rien su avant le lendemain matin. Ils sont rentrés chez eux, livides et effrayés, sans imaginer ce qui les attendait.
Dans la répression massive qui a suivi, plus de 50 000 personnes ont été arrêtées. Les soupçons se sont portés sur la base d’Akinci, présentée comme le cœur du complot. Le 27 juillet, Alper y est convoqué pour une simple déposition. Il pensait en avoir pour une nuit. Il est arrivé menotté et n’est jamais reparti. Quatre ans plus tard, il a été condamné à la perpétuité incompressible, comme presque tous les cadets du groupe A. Son seul crime ? Avoir été affecté à cette base ce soir-là. Les autres groupes, formés ailleurs, ont été épargnés. Un tirage au sort absurde qui a scellé son destin.
Aujourd’hui, Alper purge sa peine à Diyarbakir, à plus de mille kilomètres de sa famille. Il vit à l’isolement dans une cellule de 12 mètres carrés, sans soleil. Ses seules visites sont celles de ses parents, deux fois par mois. Des règles absurdes l’empêchent même de porter du bleu ou du vert, couleurs de l’armée et de la police. Pour garder la forme, il fait jusqu’à 1000 pompes par jour. Sa mère, Kerban, ne se résigne pas. Elle réclame justice, non seulement pour son fils mais pour tous les autres injustement condamnés. À l’approche du dixième anniversaire du putsch, célébré en grande pompe par le pouvoir, la famille Kalin n’attend plus rien de l’État. Juste que l’histoire reconnaisse leur douleur.
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