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Sur les campus afghans, l’adieu forcé au smartphone provoque des débats

Depuis juin, les téléphones portables sont interdits dans les universités afghanes. Entre ceux qui perdent un outil de travail et ceux qui redécouvrent la…

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Sur les campus afghans, l'adieu forcé au smartphone provoque des débats

Depuis juin, les téléphones portables sont interdits dans les universités afghanes. Entre ceux qui perdent un outil de travail et ceux qui redécouvrent la concentration, les avis s’affrontent.

Un employé est entré dans la salle de cours pour annoncer la nouvelle. Plus personne n’avait le droit de garder son smartphone. L’étudiant de 29 ans, qui fréquente une faculté de Kaboul, raconte la scène. Comme d’autres personnes interrogées, il a préféré garder l’anonymat par sécurité. La décision vient de très haut. Le chef suprême des autorités talibanes, Hibatullah Akhundzada, a tranché en juin sans fournir la moindre explication. L’interdiction visait d’abord les fonctionnaires et les collaborateurs du secteur public. Elle s’est ensuite étendue aux campus universitaires.

À Hérat, dans l’ouest, des affiches placardées sur les murs d’une université et de sa cité universitaire préviennent que toute personne trouvée avec un smartphone sera poursuivie. Aucune raison n’a été communiquée. À Kandahar, le porte-parole de l’Université justifie la mesure par la nécessité de garder les étudiants attentifs aux cours, à leurs études et à leurs travaux pratiques.

Privés de leur téléphone, beaucoup d’étudiants perdent des outils essentiels. Un étudiant de 21 ans à Hérat explique qu’il utilisait la caméra pour photographier le tableau ou les diapositives quand un cours n’était pas clair. Un autre, en journalisme à Mazar-e-Sharif, affirme qu’on ne peut pas étudier convenablement sans smartphone. À Kaboul, l’étudiant de 29 ans déplore de ne plus pouvoir recourir à l’intelligence artificielle. Grâce à elle, il réalisait un devoir prenant dix minutes en une minute. Aujourd’hui, il doit transporter des dizaines de livres papier car les versions numériques sont inaccessibles.

Il travaille aussi comme traducteur indépendant pour financer ses études. Ses clients le joignent par e-mail et WhatsApp. Il devait vérifier ses messages chaque minute. S’il ne répond pas, il peut perdre la commande. Chaque jour, il paie dix afghanis, soit treize centimes d’euros, pour laisser son smartphone à la consigne de l’université pendant les cours. Mais tout le monde ne peut pas se le permettre, dit-il. Un autre étudiant kabouli de 28 ans a acheté un téléphone portable d’ancienne génération pour passer des appels. Il regrette d’être privé des technologies actuelles.

Pourtant, certains voient des avantages. À Kandahar, Sanaullah Yousufzai, étudiant en médecine de 25 ans, remarque une meilleure entente entre professeurs et étudiants. Les cours ne sont plus interrompus par des sonneries. La concentration a progressé. Il s’inquiète néanmoins de ne pas pouvoir joindre sa famille en cas d’urgence. Mohammad Hakim Haqmal, 22 ans, étudie le journalisme. Selon lui, beaucoup gaspillaient leur temps sur les réseaux sociaux. Depuis l’interdiction, ses camarades font plus d’efforts, étudient sérieusement et obtiennent de meilleurs résultats.

Cette interdiction s’inscrit dans un mouvement plus vaste. Dans le monde, près de six pays sur dix ont interdit le téléphone portable dans les écoles primaires et secondaires, d’après un rapport de l’Unesco publié en mars. Les risques de distraction et les menaces sur le bien-être des élèves sont invoqués. Mais l’organisation ne mentionne aucun exemple d’interdiction dans l’enseignement supérieur. En Afghanistan, les autorités talibanes, au pouvoir depuis cinq ans, suivent une interprétation ultra-rigoriste de la loi islamique. Elles ont déjà restreint l’accès aux technologies de communication. En 2025, l’internet à haut débit a été limité dans plusieurs provinces pendant des semaines. À l’automne, tous les réseaux de communication ont été coupés pendant deux jours. Pourtant, fin 2025, plus de 22 millions de connexions mobiles étaient actives dans le pays, soit l’équivalent de la moitié de la population. Dans les villes, les panneaux publicitaires vantent les abonnements à l’internet mobile.

Du côté des Nations unies, on s’inquiète. Fiona Frazer, directrice du département des droits humains à la Mission d’assistance en Afghanistan, reconnaît qu’il peut y avoir des raisons solides d’encadrer l’utilisation des technologies par les étudiants. Mais elle s’inquiète de voir les autorités limiter l’accès à l’information et la liberté d’expression, tout en compliquant la vie quotidienne des Afghans.

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