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Soweto 50 ans après, les héros de la révolte ne reconnaissent pas le pays qu’ils ont contribué à libérer
Le 16 juin 1976, des milliers de lycéens noirs défiaient l’apartheid dans les rues de Soweto. Un demi-siècle plus tard, les survivants regardent leur pays…


Le 16 juin 1976, des milliers de lycéens noirs défiaient l’apartheid dans les rues de Soweto. Un demi-siècle plus tard, les survivants regardent leur pays avec une colère mêlée de tristesse, estimant que le sacrifice des martyrs a été trahi par les dirigeants actuels.
Ce jour-là, la police ouvre le feu sur des enfants qui manifestent contre l’obligation d’étudier en afrikaans. Le corps inerte d’Hector Pieterson, 13 ans, porté par un camarade, fait le tour du monde. La photo devient le symbole de la brutalité du régime. Les émeutes qui s’ensuivent accélèrent la chute de l’apartheid. Mais aujourd’hui, ceux qui ont organisé cette marche, comme Seth Mazibuko, alors âgé de 16 ans, se disent oubliés par le pouvoir. « Les gens se saoulent et dansent sur des morts », lâche-t-il en parlant de la journée de la jeunesse qui célèbre chaque année cet événement. Pour lui, c’est un manque de respect. Il raconte avoir pleuré devant une lycéenne qui confondait Hector Pieterson avec un personnage de film. « Cette fille associait un enfant mort pour sa liberté à de la danse », souffle-t-il.
La mémoire est un champ de bataille. Le musée Hector Pieterson est l’un des rares lieux qui entretiennent le souvenir. Mais Antoinette Sithole, la sœur du garçon tué, confie qu’elle revit sans cesse le drame. « J’ai l’impression d’avoir lu ça dans un livre, comme si je n’avais pas fait partie de ce qui est arrivé », explique-t-elle. Elle critique le peu de poursuites judiciaires contre les anciens agents de l’apartheid qui n’ont pas obtenu d’amnistie. « Certaines familles n’ont toujours pas trouvé la paix », insiste-t-elle. Pour elle, les dirigeants noirs arrivés au pouvoir en 1994 ont oublié les promesses faites aux victimes.
Le constat économique est amer. Le chômage touche près d’un tiers des actifs. La criminalité reste effroyable avec plus de 60 meurtres par jour. L’Afrique du Sud est le pays le plus inégalitaire au monde. Seth Mazibuko, qui a passé sept ans en prison sur l’île de Robben Island, voit encore des gens vivre dans des cabanes en tôle autour de chez lui. « Beaucoup de nos dirigeants vivent dans les beaux quartiers et ne voient pas les jeunes dans la rue, sans travail ni école », dénonce-t-il. Il conclut avec une phrase qui résume tout: « Les jeunes reposant dans leurs tombes devraient se réveiller et crier On n’est pas morts pour ça. »





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