Europe
Serbie, des funérailles sous tension pour un chef de guerre condamné pour génocide
Des centaines de fidèles se pressent à Belgrade pour dire adieu à Ratko Mladic, ancien commandant serbe de Bosnie mort en prison. Bruxelles s’insurge…

Des centaines de fidèles se pressent à Belgrade pour dire adieu à Ratko Mladic, ancien commandant serbe de Bosnie mort en prison. Bruxelles s’insurge contre un hommage jugé indigne à un criminel de guerre.
Les rues autour de la petite église orthodoxe Saint-Luka ont été bouclées par la police. Dans la file d’attente, des vétérans, des drapeaux serbes et des T-shirts à l’effigie du défunt. Le corps de Ratko Mladic y est exposé avant son enterrement, cinq ans après sa condamnation définitive à la prison à perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. L’homme, décédé à 84 ans fin août à La Haye, reste pour beaucoup de Serbes un héros national, malgré le massacre de Srebrenica et le siège de Sarajevo qui lui valurent le surnom de « Boucher des Balkans » dans la presse internationale.
La cérémonie qui se déroule lundi n’a pourtant rien d’officiel, après un revirement du pouvoir serbe. Le ministre de la Justice avait d’abord promis des honneurs militaires et d’État, provoquant un tollé général. Le président Aleksandar Vučić a ensuite recadré le dispositif, assurant qu’il s’agirait simplement d’un hommage conforme aux volontés de la famille. Mais l’ambiance dans la capitale serbe dit autre chose. Six soldats se relaient devant le cercueil fermé, recouvert de drapeaux, où trônent une photo, des médailles et la fameuse casquette d’officier de Mladic. Une immense banderole déployée dans la rue salue un « héros » et évoque la gloire d’une « Grande Serbie ».
L’Union européenne, elle, ne décolère pas. Un porte-parole de la diplomatie européenne a répété que glorifier des criminels de guerre et nier le génocide est inacceptable dans l’UE comme dans les pays candidats à l’adhésion, ce qui est le cas de la Serbie. La commissaire chargée de l’élargissement, Marta Kos, a même annulé sa visite prévue à Belgrade. Côté bosnien, le membre musulman de la présidence tripartite dénonce une identification des dirigeants serbes à l’un des pires tueurs de l’histoire européenne, et redoute des conséquences pour toute la région.
Ratko Mladic était le dernier survivant d’un trio funeste avec Slobodan Milošević et Radovan Karadžić, tous deux également rattrapés par la justice internationale. Arrêté en 2011 après seize ans de cavale, il a été reconnu coupable du génocide de Srebrenica, où environ 8 000 hommes et adolescents musulmans ont été tués en juillet 1995, la pire atrocité commise en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Il était aussi jugé pour la terreur infligée aux civils de Sarajevo et la prise d’otages de Casques bleus.
Malgré ces condamnations, des milliers de personnes sont attendues pour ses funérailles. Des prières orthodoxes accompagnent le défunt, et des sympathisants venus de l’entité serbe de Bosnie, la Republika Srpska, racontent un homme martyrisé par la justice plutôt qu’un criminel. Les autorités serbes promettent une cérémonie sécurisée. Le président Vučić, lui, a fait savoir qu’il n’y assistera pas, prétextant un engagement antérieur.
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