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Riyad joue sa dernière carte et envoie son ministre de la Défense à Téhéran

Sous les drones et les missiles, l’Arabie saoudite ne veut plus subir. Khaled ben Salmane se rend en Iran, entouré de ses alliés turcs et pakistanais…

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Riyad joue sa dernière carte et envoie son ministre de la Défense à Téhéran

Sous les drones et les missiles, l’Arabie saoudite ne veut plus subir. Khaled ben Salmane se rend en Iran, entouré de ses alliés turcs et pakistanais, pour tenter d’éviter une guerre à grande échelle.

C’est une première depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Khaled ben Salmane, frère du prince héritier et habitué des missions diplomatiques les plus sensibles, prend la direction de Téhéran. Autour de lui, des hauts responsables turcs et pakistanais, à la fois alliés de Riyad dans le cadre du pacte de La Mecque et médiateurs régionaux. Le ministre saoudien de la Défense mise sur une fenêtre encore ouverte. Selon l’analyste saoudien Hesham Alghannam, cette rencontre « historique » pourrait bien être « la dernière chance avant que la situation ne dégénère de manière incontrôlable ».

Le royaume encaisse depuis des mois. Il a déjà été visé par des frappes menées par l’Iran, en représailles à l’offensive israélo-américaine lancée fin février. Il est aussi sous le feu des Houthis depuis la reprise des hostilités début juillet entre les combattants pro-iraniens et les forces gouvernementales appuyées par Riyad. Et il redoute désormais un embrasement général, alors qu’Israël et les États-Unis ont multiplié les menaces contre la République islamique ces derniers jours.

Riyad a beau avoir réclamé un soutien de Washington, ses appels sont restés sans réponse. « Personne ne croit plus que les États-Unis soient encore un garant fiable de la sécurité régionale », résume Andreas Krieg, chercheur au King’s College de Londres. Dans ce vide, le départ de Khaled ben Salmane vers Téhéran fait figure de « signal très fort » et montre que le royaume « ne se contente pas d’attendre passivement » mais « qu’il est en réalité prêt à prendre l’initiative ».

Le déplacement se veut aussi une démonstration de force. Le responsable saoudien voyage avec le puissant commandant de l’armée pakistanaise, le général Asim Munir, et le directeur des services de renseignement turcs, Ibrahim Kalin. Objectif affiché, montrer que les membres de l’alliance de La Mecque « sont prêts à travailler ensemble pour défendre le royaume » et que « l’Iran devra assumer les conséquences d’une éventuelle escalade », poursuit le chercheur, qui met toutefois Riyad en garde contre « une confiance excessive ». Même tonalité chez Hesham Alghannam, pour qui il s’agit de « confronter l’Iran aux faits et risques sans mâcher ses mots » et de « trouver les moyens d’une désescalade avant qu’il ne soit trop tard ». Une délégation qatarie avait déjà fait le déplacement à Téhéran la veille. Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, reconnaît que « notre région est en proie à de fortes tensions, et les pays voisins s’efforcent de faire passer un message et de proposer des initiatives ».

Sur le terrain, la pression est déjà très concrète. Touché par une frappe meurtrière mi-octobre, l’aéroport de Riyad peine à rouvrir et les vols y décollent au compte-gouttes, alors que plusieurs liaisons intérieures et internationales restent affichées. De grands rendez-vous mondiaux ont été annulés ou repoussés, du « Davos du désert » réunissant les poids lourds de la finance au Dakar 2027, le plus célèbre des rallyes-raids. La capitale saoudienne a de nouveau été secouée par des explosions et ses habitants ont reçu des messages des autorités les avertissant de « menaces aériennes ». Les forces saoudiennes affirment avoir intercepté et détruit un missile balistique, les Houthis revendiquant de leur côté une frappe sur l’aéroport de Riyad ainsi qu’une « opération » de drones contre les stations de pompage de l’oléoduc Est-Ouest. Cette artère, qui relie les champs pétroliers de l’est du royaume à la mer Rouge, avait été stoppée pendant une dizaine de jours en septembre après des frappes lancées depuis l’Irak. Elle est devenue vitale pour le premier exportateur mondial de brut depuis que l’Iran a imposé de sévères restrictions à la navigation dans le détroit d’Ormuz. Et la mer Rouge constitue désormais une deuxième épine, avec des Houthis qui se sont emparés du littoral en septembre et renforcent leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, passage clé entre l’Europe et l’Asie via Suez.

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