Monde
En Cisjordanie occupée la colonisation change de forme et de rythme
La colonisation israélienne ne se résume plus à de grandes colonies. Elle avance désormais par des fermes et des avant-postes, à un rythme record, tandis…

La colonisation israélienne ne se résume plus à de grandes colonies. Elle avance désormais par des fermes et des avant-postes, à un rythme record, tandis qu’un scrutin législatif israélien se profile.
Depuis 1967, les implantations israéliennes en Cisjordanie occupée n’ont jamais cessé de gagner du terrain, malgré les critiques internationales. Le mouvement s’est nettement accéléré après le retour de Benjamin Netanyahu au pouvoir en 2022, lui-même candidat à sa succession lors des législatives. Presque la moitié des colonies israéliennes présentes sur ce territoire, toutes jugées illégales par le droit international, sont apparues depuis 2023. En incluant Jérusalem-Est occupée et annexée, on recense plus de 550 implantations. Environ 150 disposent de l’aval des autorités israéliennes. Les autres ont d’abord été créées de façon sauvage.
La démographie raconte la même bascule. La population israélienne de ces implantations a crû de près de 50 pour cent depuis 2012. La hausse a été de 30 pour cent du côté palestinien. Plus de trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de 500 000 Israéliens. La violence s’est durcie de part et d’autre et la tension monte encore à l’approche des législatives. Le gouvernement a ordonné un bouclage total du territoire le jour du vote, après la mort de deux soldats israéliens dans une attaque.
Depuis les attaques du 7 octobre 2023, qui ont déclenché la guerre à Gaza, l’expansion se lit surtout dans la prolifération d’avant-postes. Il s’agit souvent de quelques caravanes ou de constructions de fortune, implantées sans autorisation officielle. Des colons les installent, convaincus qu’elles finiront par être légalisées. Le nombre de fermes et d’autres avant-postes créés en Cisjordanie depuis le début de 2026 atteint déjà le record de toute l’année 2025, avec environ 90 installations. C’est presque trois fois plus qu’en 2023.
Ce phénomène n’est pas né de nulle part. Les avant-postes se sont développés à partir de 1996, lors du premier passage de Benjamin Netanyahu à la tête du gouvernement. À mesure que leur nombre grimpait, les nouvelles colonies classiques ont ralenti. Les fermes, elles, ont commencé à s’installer en 2012, pendant le deuxième mandat de Netanyahu. Elles sont devenues le moteur de l’expansion israélienne, avec plus des deux tiers du total depuis 2023. Leur logique est simple. Elles permettent d’occuper de vastes espaces avec peu de colons, souvent grâce à l’élevage, surtout dans l’est de la Cisjordanie, le long du Jourdain.
Les autorités accompagnent aussi le mouvement. Les permis de construire délivrés aux implantations israéliennes ont bondi. Ils ont dépassé 23 000 en 2025, plus du triple du niveau de 2012. Quatre colonies du nord de la Cisjordanie, évacuées en 2005 dans le cadre du désengagement d’Ariel Sharon, ont été officiellement réinvesties cette année électorale sous l’impulsion du gouvernement. Un appel d’offres a été lancé pour plus de 1 200 logements. Il s’agit de la première tranche du projet E1, voisin de la colonie de Maale Adumim, près de Jérusalem. L’ONU et une partie de la communauté internationale y voient un danger. Le projet achèverait d’isoler Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et fragiliserait encore la perspective d’un État palestinien.
L’histoire longue montre des vagues successives. Après la conquête de la Cisjordanie en juin 1967, la colonisation s’est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens, à gauche comme à droite. La première implantation, Kfar Etzion, au sud de Jérusalem, a été autorisée en septembre 1967. Une première grande poussée a suivi au début des années 1980, sous le gouvernement de droite de Menahem Begin. Les colons ont ensuite multiplié les installations sauvages entre 1998 et 2002, puis entre 2019 et 2021. Le rythme des quatre dernières années dépasse largement ces précédents. Le nombre d’installations créées entre 2023 et 2026 est une fois et demie plus élevé que le cumul des trois vagues antérieures.
À lire aussi

SociétéEn Ligne 5 joursÀ Ulm, le blocage devient une école de la critique
PolitiqueEn Ligne 5 joursHollande recadre le débat sur les violences et refuse de tout imputer à LFI
PolitiqueEn Ligne 7 joursAprès les violences, le RN veut incarner l’ordre
SociétéEn Ligne 6 joursLa CFDT réclame cent euros de plus pour tous et dénonce dix ans de verticalité
SociétéEn Ligne 6 joursLes livreurs veulent pouvoir échapper aux manifs sans perdre leur paie
PolitiqueEn Ligne 6 joursUltragauche, extrême gauche radicale et jeunes des quartiers, une alliance inédite dans les violences
Faits DiversEn Ligne 3 joursTrappes alerte sur les mots qui précèdent les balles
PolitiqueEn Ligne 6 joursCouvre-feux prolongés, Lecornu consulte les syndicats sans convier les lycéens
















