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Parachutistes ukrainiens, la tradition à l’épreuve des drones

Ils effectuent leur premier saut en parachute, conscients que le ciel est devenu le royaume des drones. En Ukraine, l’entraînement de ces soldats raconte…

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Parachutistes ukrainiens, la tradition à l'épreuve des drones

Ils effectuent leur premier saut en parachute, conscients que le ciel est devenu le royaume des drones. En Ukraine, l’entraînement de ces soldats raconte la transformation radicale de la guerre moderne.

Sous un soleil encore pâle, un champ du centre de l’Ukraine s’anime. Plusieurs centaines de parachutistes en fin de formation attendent leur premier saut. Assis en ligne, l’équipement arrimé dans le dos, beaucoup savent que ce geste restera probablement un exercice. Sur un vrai champ de bataille, déployer un parachute reviendrait à signer sa perte. L’instructeur Axel, 24 ans, le résume simplement. « Larguer des soldats n’est pas réaliste. Les moyens de l’ennemi peuvent les neutraliser très rapidement. »

Quatre ans et demi après le début de l’invasion russe, la guerre a connu une révolution technique. Les drones règnent dans le ciel. Des robots combattent et ravitaillent les troupes coincées dans les zones les plus dangereuses du front. Le ministère ukrainien de la Défense a rapporté qu’environ 90% des cibles sont désormais détruites. L’image du parachutiste héroïque, largué derrière les lignes ennemies, appartient à un autre siècle. Pourtant, ces jeunes gens refusent de voir leur formation comme inutile. Kariï, 21 ans, attend encore de voir une intelligence artificielle gagner une guerre ou libérer un territoire. « J’attends de voir ça », lance-t-il. L’officier Roman Koulievytch préfère insister sur la tradition. Pour lui, cet entraînement forge le caractère et distingue les parachutistes des autres soldats.

En réalité, l’exercice sert surtout de test psychologique. Sauter permet de mesurer si un soldat est prêt à affronter le stress, dit Axel. La même logique préside à la redoutable « marche forcée » qui ouvre droit au béret de parachutiste. Pendant des kilomètres, les candidats avancent dans le sable et la boue, au milieu de carcasses d’animaux et de faux sang. Des explosions et des coups de feu éclatent sans prévenir. Les formateurs hurlent. Pour finir, il faut affronter trois parachutistes chevronnés au corps à corps, l’un après l’autre. « Ça façonne votre mentalité et renforce votre motivation à combattre », explique Kariï.

Malgré ce rituel exigeant, les futurs parachutistes savent ce qui les attend réellement sur le front. Leur peur principale, ce n’est pas un assaut d’infanterie. C’est un drone anonyme, guidé à distance, qui peut frapper à tout moment. La survie passe par la patience, la discrétion, la capacité à tenir sans relève pendant des jours avec peu de nourriture. Autant de raisons de préparer les esprits, assurent les formateurs.

Pendant une pause, une sirène d’alerte aérienne interrompt brièvement les vols. Les commandants en profitent pour détendre l’ambiance, mêlant discipline et blagues presque paternelles. Un jeune soldat serre la main d’un camarade et lui souhaite bonne chance. « La chance, c’est pour les perdants. Dans notre métier, il y a le savoir-faire et le courage », répond l’autre.

Iouriï, formateur aux parcours d’obstacles, se demande parfois si ces épreuves épuisantes ont encore un sens à l’ère des drones. Peut-être qu’un jour, seuls des experts techniques feront la guerre. « Mais le territoire n’est tenu que si une vraie unité est là, des hommes, pas des robots », dit-il. Kariï partage cet avis. Derrière chaque machine, il y a un être humain. Et ces humains, insiste-t-il, doivent être d’un très haut niveau.

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