Europe
Mer du Nord le choix qui fissure le gouvernement travailliste
Le Royaume-Uni doit dire oui ou non à deux champs pétroliers et gaziers au large de ses côtes. Une décision qui met le parti travailliste face à ses…


Le Royaume-Uni doit dire oui ou non à deux champs pétroliers et gaziers au large de ses côtes. Une décision qui met le parti travailliste face à ses contradictions.
Le gouvernement britannique est coincé. Dans les prochaines semaines, Andy Burnham doit se prononcer sur deux projets de forage en mer du Nord. Ces autorisations, données par les conservateurs en 2022 et 2023, ont été retoquées par la justice après une longue bataille. Résultat, tout est à refaire, et le camp travailliste se déchire en interne.
Les deux gisements ne sont pas au même stade. Jackdaw, à l’est d’Aberdeen, est un champ gazier quasi prêt à tourner. Tous les puits sont forés, les infrastructures sont en place, et il pourrait démarrer dans les prochains mois, juste à temps pour l’hiver. Rosebank, à l’ouest des îles Shetland, est plus pétrolier que gazier. Mais les forages n’ont pas commencé, et la mise en route attendrait fin 2026 ou début 2027. Ces projets appartiennent très majoritairement à Adura, une coentreprise issue de la fusion des activités offshore de Shell et d’Equinor.
C’est un revirement politique qui se joue sous nos yeux. Avant d’arriver au pouvoir, les travaillistes avaient promis de ne plus approuver de nouveaux permis d’exploitation. Mais Andy Burnham a récemment lâché qu’on ne peut pas ignorer les ressources présentes dans cette zone. Certains membres du parti mettent en avant la sécurité d’approvisionnement, des prix plus bas et des emplois à préserver. D’autres rappellent l’engagement de neutralité carbone. La pression vient aussi de l’extérieur, avec une droite britannique et un Donald Trump très favorables à ces forages.
Qu’est-ce que cela changerait vraiment pour les factures des Britanniques ? En théorie, plus d’offre signifie des prix plus faibles. En pratique, l’effet serait minime. Le gaz de Jackdaw alimenterait le réseau national et réduirait une partie des importations coûteuses de gaz naturel liquéfié. Mais les volumes restent faibles à l’échelle planétaire, et les prix du gaz au Royaume-Uni suivent avant tout les cours internationaux. Quant au pétrole de Rosebank, il serait vendu au prix mondial, sans lien direct avec les factures. Pour que ces projets profitent concrètement aux consommateurs ou aux énergies propres, il faudrait mettre en place des mécanismes de redistribution des revenus.
Côté climat, le tableau est plus nuancé que ce que l’on pourrait croire. Si les Britanniques continuent de consommer autant, ces deux champs n’auraient pas vraiment d’impact sur les émissions. Remplacer du GNL importé par du gaz local pourrait même être moins polluant sur la phase d’extraction et de transport. Mais les défenseurs de l’environnement répondent que toute production fossile supplémentaire repousse la transition énergétique. La justice a d’ailleurs invalidé les autorisations précédentes, exigeant une évaluation complète des émissions indirectes, celles liées à l’utilisation finale du pétrole et du gaz.
Andy Burnham devra trancher avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Quel que soit son choix, il mécontentera une partie de son camp. Et le temps presse, car Jackdaw pourrait tourner dès cet hiver.
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