Culture
Ostermeier revisite « Le canard sauvage » : une réflexion troublante sur la vérité


Le célèbre metteur en scène allemand présente une adaptation moderne de la pièce d’Ibsen au Festival d’Avignon, interrogeant notre rapport aux mensonges et aux secrets familiaux.
Thomas Ostermeier, figure majeure du théâtre européen, propose une relecture audacieuse du classique d’Henrik Ibsen en ouverture du Festival d’Avignon. Treize ans après son retentissant « Ennemi du peuple », il explore à nouveau les contradictions de la vérité, cette fois à travers l’histoire déchirante des Ekdal, une famille dont l’équilibre vacille sous le poids d’un secret longtemps enfoui.
La pièce, d’une durée de près de trois heures, offre un contraste saisissant avec la précédente adaptation d’Ibsen par Ostermeier. Là où « Un ennemi du peuple » défendait la nécessité de dire la vérité coûte que coûte, « Le canard sauvage » soulève des questions plus ambiguës : jusqu’où faut-il aller dans la transparence, et à quel prix ? Le metteur en scène y voit une évolution fascinante dans la pensée de l’auteur norvégien, passant d’une certitude absolue à une approche plus nuancée.
La mise en scène, résolument contemporaine, transpose l’intrigue dans notre époque. Les références à la culture populaire – comme les riffs de guitare électrique inspirés de Metallica – et les aspirations modernes des personnages (une adolescente rêvant de journalisme) renforcent l’actualité du propos. Ostermeier, connu pour son interaction avec le public, invite les spectateurs à s’interroger sur leur propre rapport à la vérité, que ce soit en politique, en justice ou dans l’intimité des foyers.
Cette production résonne aussi avec le parcours personnel du metteur en scène, issu d’un milieu modeste. Tout comme Ibsen, qui a connu la déchéance sociale après la faillite de son père, Ostermeier puise dans son vécu pour donner une épaisseur humaine aux tourments des Ekdal. Une démarche qu’il avait déjà explorée dans « Retour à Reims », adapté de l’essai de Didier Eribon, et qui trouve ici un nouvel écho.
Entre drame familial et critique sociale, cette création promet de secouer les certitudes du public avignonnais, tout en confirmant le talent d’Ostermeier pour révéler l’intemporalité des grands textes.





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