Économie
Livret A : les Français désertent massivement leur épargne préférée

Pour la première fois depuis 2009, les retraits ont surpassé les dépôts en avril, révélant une défiance croissante face à la baisse des rendements.
Le Livret A traverse une période noire. En avril, les épargnants ont retiré davantage d’argent qu’ils n’en ont déposé, creusant un déficit de 200 millions d’euros. Un phénomène inédit depuis quinze ans, qui souligne l’érosion de l’attractivité de ce placement pourtant plébiscité. Seul avril 2015 avait affiché un solde négatif, mais bien moins marqué (-100 millions d’euros).
Cette tendance contraste avec le dynamisme relatif du Livret de développement durable et solidaire (LDDS), qui a enregistré une collecte nette de 310 millions d’euros sur la même période. Pourtant, ces deux produits, quasi identiques à l’exception de leurs plafonds respectifs, subissent les conséquences de la baisse de leur taux d’intérêt, passé de 3 % à 2,4 % en février. Face à cette rémunération en berne, les Français se tournent vers d’autres placements, comme l’assurance-vie, qui a connu des souscriptions record en mars.
Les chiffres annuels confirment cette désaffection : sur les quatre premiers mois de l’année, les encours combinés des Livrets A et LDDS n’ont progressé que de 3,6 milliards d’euros, contre 11,3 milliards sur la même période en 2023. Malgré ce ralentissement, les montants détenus sur ces comptes restent élevés, atteignant 606,7 milliards d’euros, un niveau historique.
Le Livret d’épargne populaire (LEP), réservé aux foyers modestes, n’échappe pas à cette tendance. Avec un retrait net de 1,96 milliard d’euros en avril, il enregistre sa pire performance mensuelle depuis 2009. Si les fermetures de comptes, liées au non-respect des conditions de ressources, expliquent en partie ce recul, l’ampleur des sorties d’argent dépasse largement les années précédentes. Malgré tout, l’encours global du LEP se maintient à 80,8 milliards d’euros, témoignant de son rôle clé pour les ménages les moins aisés.
Cette situation illustre un paradoxe : malgré leur moindre rentabilité, les livrets réglementés conservent une place centrale dans l’épargne des Français, tout en perdant progressivement leur lustre d’antan.

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