Monde
Les courses de chevaux, passion nationale au Lesotho
Dans les montagnes du royaume africain, les compétitions équestres rythment la vie locale, mêlant tradition, paris et esprit de communauté.
Par une matinée glaciale de l’hiver austral, des cavaliers enveloppés dans des couvertures colorées s’élancent sur les hauts plateaux du Lesotho. À plus de 2 200 mètres d’altitude, cette piste, l’une des plus élevées d’Afrique, accueille chaque année des courses qui transcendent le simple cadre sportif. Ici, l’équitation est une affaire de culture, de fierté et parfois même de survie économique.
L’événement de Semonkong, village perché au cœur du pays, marquait cette année le coup d’envoi de la saison tout en célébrant l’anniversaire du roi Letsie III. Sept courses se sont succédé, attirant une foule de spectateurs et de parieurs, dont les enjeux dépassent souvent le pur divertissement. Dans ce petit État enclavé en Afrique du Sud, où près de 36 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, les gains, bien que modestes, représentent une bouffée d’oxygène.
Les chevaux, soigneusement préparés avant la compétition, sont au centre de cette tradition. Issus de croisements entre races locales et européennes, les basothos, robustes et endurants, sont bien plus que des athlètes. Ils restent indispensables pour le pastoralisme et les déplacements dans les zones reculées, où les routes sont inexistantes.
Pour les jockeys, souvent très jeunes, ces courses offrent une échappatoire aux difficultés quotidiennes. Tsaenh Masosa, 21 ans, employé dans un hôtel, en témoigne. Malgré plusieurs tentatives infructueuses, il garde l’espoir de remporter un jour la course. « Il faut tout oublier, sinon on tombe », confie-t-il, résumant ainsi l’état d’esprit nécessaire pour affronter ces parcours accidentés.
Sur le bord des pistes, les paris s’échangent discrètement, sans tickets ni formalités. Les regards se tendent, les mains se serrent, et l’argent circule une fois la ligne d’arrivée franchie. Une économie informelle qui, comme les courses elles-mêmes, fait partie intégrante du paysage lesothan.
Alors que le football peine à rivaliser avec cette passion équestre, les courses demeurent un spectacle incontournable, où se mêlent excitation, tradition et un brin de rêve. Pour les habitants de Semonkong et bien au-delà, elles sont bien plus qu’un sport : une manière de perpétuer une histoire commune, malgré les défis du présent.
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