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L’énigme des éléphants qui meurent un à un dans le sud du Kenya

Un jeune éléphant a agonisé pendant près d’une semaine sous les yeux des vétérinaires, impuissants. Au moins vingt pachydermes ont déjà succombé dans la…

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L'énigme des éléphants qui meurent un à un dans le sud du Kenya

Un jeune éléphant a agonisé pendant près d’une semaine sous les yeux des vétérinaires, impuissants. Au moins vingt pachydermes ont déjà succombé dans la même région, avec les mêmes symptômes.

Dans la poussière, l’éléphant tentait encore de se relever. Il tournait sur lui-même, épuisé, sans y parvenir. Les vétérinaires lui injectaient du glucose, mais ils savaient que ce geste ne suffirait pas. Gengis Khan, un mâle de onze ans, avait les yeux rougis et respirait difficilement. Après presque une semaine d’agonie, il est mort.

Cette savane du sud du Kenya, dominée par le Kilimandjaro, est célèbre pour ses hardes d’éléphants. Mais depuis quelque temps, elle est le théâtre d’une hécatombe. La mort de Gengis Khan porte à vingt le nombre de pachydermes disparus dans la zone d’Amboseli. Ce sont surtout des femelles et des jeunes. Tous ont montré les mêmes signes. Une paralysie partielle qui les empêche de tenir debout, des difficultés à marcher, une respiration pénible, une grande agitation. Patrick Papatiti, chef des opérations sur les terres communautaires d’Olgulului, décrit des bêtes qui finissent par s’allonger et luttent un jour, parfois deux ou trois, avant de mourir.

Le service kényan de la vie sauvage a indiqué avoir trouvé de fortes concentrations de cyanure dans les carcasses. Il évoque des pesticides répandus sur des fruits des fermes voisines. Mais sur le terrain, cette piste est contestée. Patrick Papatiti, un Massaï né dans la région et installé là depuis trente ans, assure que personne n’utilise de cyanure par ici. Il rappelle un détail troublant. Aucun charognard, aucune mouche ne sont morts en se nourrissant des corps, alors que c’est habituel quand il y a du poison. Pour lui, c’est une maladie qui s’attaque aux éléphants.

Joel Nyika, responsable de l’écosystème d’Amboseli au sein du comté de Kajiado, partage cette lecture. Si un produit chimique était en cause, le bétail des communautés pastorales, qui se nourrit de la même végétation, serait déjà touché. Or il est épargné. Il écarte aussi l’idée d’une plante fourragère toxique. La présidente de l’organisation Wildlife Direct, Paula Kahumbu, souligne le manque de preuves derrière la thèse des pesticides. Les éléphants mâles adultes, les plus susceptibles de s’attaquer aux cultures, sont d’ailleurs peu nombreux parmi les victimes. Dans ses champs de maïs entourés de barrières, l’agriculteur massaï Noah Saatia tient le même raisonnement. Si les éléphants mouraient à cause de ce qu’ils mangent, les humains et leurs troupeaux seraient malades aussi.

Dans la réserve de Kimana, la situation est visible à l’œil nu. Six carcasses plus ou moins récentes y ont été recensées. Certaines remontent à quelques jours à peine. Un éléphanteau de quatre mois gît à moitié dévoré. Une femelle et son fœtus presque à terme servent de repas à une dizaine de vautours. Les gardes confirment les mêmes paralysies. Les habitants, eux, rejettent fermement l’hypothèse d’un empoisonnement volontaire. Nous n’éprouvons aucune hostilité à leur égard, assure Noah Saatia. Si la communauté était derrière tout cela, cela aurait commencé depuis longtemps.

La région abrite environ deux mille éléphants, alors que les exploitations agricoles s’étendent et multiplient les contacts avec la faune. Le Kenya mise beaucoup sur ses animaux sauvages pour attirer les touristes, et cette affaire devient un symbole sensible. Plusieurs organisations de protection de l’environnement refusent de commenter l’origine du mal et demandent une enquête approfondie. Le service de la vie sauvage, pour l’instant, a écarté le risque d’une maladie contagieuse. Il invite les visiteurs à continuer de venir.

Mais sur place, la crainte grandit. Patrick Papatiti pense que le bilan réel est peut-être plus lourd que les chiffres officiels. Des éléphants pourraient aussi mourir de l’autre côté de la frontière, en Tanzanie. Combien d’éléphants vont mourir avant que nous puissions arrêter cela, s’inquiète-t-il. Et une question le hante. Une maladie qui touche les éléphants pourrait-elle un jour atteindre le bétail, ou même les habitants ?

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