Monde
L’effondrement d’un immeuble à Tripoli met à nu l’abandon d’une ville

La disparition soudaine d’un bâtiment résidentiel, faisant quatorze victimes, illustre de manière dramatique la dégradation généralisée du parc immobilier et le dénuement des habitants de cette métropole du nord du Liban.
Un épicier de cinquante-quatre ans a refermé sa boutique comme à son habitude dimanche soir, ignorant qu’il venait d’échapper au pire. Quelques heures plus tard, l’immeuble qui abritait son commerce s’effondrait, ensevelissant douze appartements dans le quartier de Bab el-Tabbaneh. L’opération des secours a permis de retrouver huit survivants, mais le bilan s’est alourdi à quatorze morts. Ce drame a privé de nombreux foyers de leur logement et de leur source de revenus, plongeant la communauté dans le deuil et la colère.
Les résidents dénoncent un abandon de longue date par les autorités. Ils affirment avoir alerté la municipalité sur la vétusté de la structure, sans jamais obtenir de réponse. Le sentiment d’injustice est palpable parmi les survivants, qui estiment que leur condition sociale a précipité cette négligence. Le quartier, l’un des plus déshérités du pays, est marqué par une pauvreté endémique qui prévalait bien avant l’effondrement économique national de 2019.
Le bâtiment détruit était situé sur une artère symbolique, séparant deux zones ayant connu par le passé des tensions communautaires. L’état de nombreux édifices alentour, déjà fragilisés par les stigmates de conflits passés, a été aggravé par les secousses du séisme de 2023. Face à l’ampleur du péril, la municipalité a déclaré la ville en état de sinistre et réclamé l’intervention de l’État.
Le gouvernement a réagi en annonçant l’évacuation préventive de plus d’une centaine d’immeubles jugés dangereux, avec une allocation temporaire pour les familles délogées. Toutefois, le maire de Tripoli estime que plusieurs centaines d’autres constructions requièrent des travaux urgents de consolidation, un chiffre probablement en deçà de la réalité. Cette catastrophe survient peu après un autre effondrement mortel fin janvier dans la ville, renforçant le sentiment d’urgence.
Le problème dépasse largement le cadre de Tripoli et s’étend à l’ensemble du territoire libanais. Le parc immobilier est criblé de constructions illégales érigées durant la guerre civile, souvent surélevées sans autorisation ni normes techniques. Les experts pointent un défaut criant de contrôle des chantiers, une réglementation inadaptée et des politiques de logement défaillantes, laissant une partie de la population dans des habitats précaires.
Des habitants, conscients des risques, se retrouvent piégés par leur précarité. Un sexagénaire témoigne ainsi vivre dans un appartement dont le balcon menace de s’effondrer, après l’ajout hasardeux de plusieurs étages. Malgré les mises en garde, il n’a nulle part où aller. Son cas n’est pas isolé et reflète l’impasse dans laquelle se trouvent de nombreuses familles, prises entre la menace permanente et l’absence d’alternative.

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