Économie
L’économie de la débrouille, seule planche de salut des Argentins
Face à l’endettement massif et à la précarité, les habitants développent des stratégies de survie par la revente d’objets de seconde main, créant un circuit économique informel à grande échelle.
Dans les quartiers populaires de Buenos Aires, un phénomène social d’ampleur transforme l’espace public en vaste marché de la nécessité. Les trottoirs de Villa Fiorito, sur près de deux kilomètres, voient chaque dimanche s’étaler d’improbables collections d’objets usagés. Des vêtements aux appareils électroménagers défectueux, en passant par des produits sanitaires ou des meubles, tout est proposé à la vente sur de simples couvertures posées à même le sol. Cette activité informelle constitue pour beaucoup l’unique moyen de compléter des fins de mois difficiles.
Le mécanisme est simple mais implacable. Les habitants achètent des articles à bas prix pour les revendre immédiatement avec une légère marge. Gladys Gutierrez, quarante-six ans, explique ce perpétuel va-et-vient commercial. Son mari, maçon qualifié, est sans emploi depuis de longs mois, situation qui reflète les difficultés du secteur de la construction, particulièrement touché par les restrictions budgétaires. Plus de deux cent mille postes ont été supprimés durant les deux dernières années, selon les estimations.
Le taux d’endettement des ménages atteint des niveaux historiques, dépassant six pour cent de l’ensemble des crédits. Beaucoup se tournent vers des prêteurs informels pratiquant des intérêts prohibitifs, pouvant atteindre cinquante pour cent. Matias Mora, politologue originaire du quartier, observe que les habitants contractent des dettes soit pour subvenir à leurs besoins alimentaires, soit pour tenter de monter de modestes affaires.
Si les autorités mettent en avant une baisse officielle de la pauvreté, la réalité quotidienne dans ces zones populaires reste marquée par la précarité. Au-delà des marchés de rue, un réseau de vente en ligne s’est développé, où des milliers de personnes proposent des biens domestiques dans l’urgence. Les annonces précisent souvent la nécessité d’une transaction immédiate, signe de détresse financière.
Ce système D généralisé, bien qu’ingénieux, use physiquement et mentalement les populations. Les habitants multiplient les emplois précaires et les activités de revente, dans une logique de survie qui rappelle aux plus anciens la crise économique de 2001. Un écosystème parallèle s’est constitué, où la débrouillardise permet de maintenir un équilibre précaire, mais au prix d’un épuisement collectif.
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