Monde
Le système éducatif kirghize mis sous pression par l’explosion démographique
Face à une croissance démographique fulgurante, le Kirghizstan peine à offrir une éducation de qualité à sa jeunesse, entre pénurie d’enseignants, infrastructures vétustes et programmes obsolètes.
Au Kirghizstan, l’école est devenue un casse-tête quotidien pour de nombreuses familles. Azamat Bekenov, père de trois écoliers à Bichkek, raconte ainsi que son fils aîné s’est retrouvé sans professeur de mathématiques pendant tout le premier trimestre, des lycéens étant chargés de le remplacer. Une situation loin d’être isolée dans ce pays d’Asie centrale, où près d’un millier de postes d’enseignants n’étaient pas pourvus en 2025. Les parents d’élèves se mobilisent alors sur les réseaux sociaux pour tenter de dénicher des remplaçants, comme le relate M. Bekenov, qui a finalement réussi à trouver un nouveau professeur après des recherches actives.
Les besoins explosent en raison d’une démographie galopante. Près de 40% des sept millions d’habitants du Kirghizstan sont mineurs, et quelque 500 000 nouveaux élèves ont rejoint les bancs de l’école ces dix dernières années, soit une augmentation de 50% que le système éducatif peine à absorber. Les classes sont souvent surpeuplées, avec parfois plus de cinquante élèves par salle, comme le constate avec ironie ce père de famille. Les autorités elles-mêmes reconnaissent un programme scolaire jugé irrémédiablement obsolète et de très mauvaise qualité, tandis que le niveau des enseignants formés après l’indépendance en 1991 est jugé faible.
Après trois décennies marquées par des difficultés économiques, une émigration massive et une instabilité sociale persistante, le système éducatif se trouve dans une situation critique, selon les syndicats. Pour y remédier, le gouvernement a mis en œuvre plusieurs réformes : le passage de onze à douze ans de scolarité obligatoire, la construction de nouvelles écoles, une hausse des salaires des professeurs, la fourniture de manuels par Moscou, et l’allocation de 22% du budget de l’État à l’éducation. L’objectif affiché est de former une jeunesse qualifiée pour assurer la croissance économique à long terme et endiguer l’émigration de centaines de milliers de Kirghizes vers la Russie.
Conséquence directe d’un enseignement de qualité médiocre, la productivité du travail au Kirghizstan est la plus faible d’Europe et d’Asie centrale, selon un rapport des Nations unies datant de 2023. Un quart de la population vit avec moins de cinquante euros par mois. Le pays, qui avait participé aux tests internationaux PISA en 2006 et 2009 avec les résultats les plus bas, a retenté sa chance en 2025 et attend désormais les résultats pour bénéficier des conseils de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques. La tâche reste immense pour combler le retard accumulé.
Dans les salles de classe, le quotidien est souvent spartiate. Goulmira Oumetalieva, enseignante d’histoire à Karakol, dans l’est du pays, déplore l’absence d’ordinateur, de projecteur ou même d’un simple écran. Les locaux sont vétustes, les tables branlantes, les chaises grincent. Son cas n’est pas isolé : cent treize écoles sont en très mauvais état, malgré la construction de quatre cents bâtiments entre 2021 et 2025. Les volontaires pour enseigner dans ces conditions se font rares, et le doublement du salaire moyen des enseignants, promis par le président Sadyr Japarov pour avril, est attendu avec impatience.
Pour pallier la pénurie, les autorités misent sur des initiatives alternatives, comme le programme mondial Teach For All, récemment implanté dans quatre pays d’Asie centrale. Financé par des fonds privés, il envoie des diplômés de divers horizons professionnels enseigner pendant deux ans en zone rurale. À Boukara, dans le nord-ouest du Kirghizstan, la directrice d’école Nassikhat Sarieva a ainsi accueilli deux nouveaux professeurs d’anglais et de russe, qui utilisent des méthodes pédagogiques modernes et interactives, rompant avec la tradition soviétique rigide. Cette initiative offre également aux élèves l’accès à des ateliers culturels, comme la venue d’une troupe d’opéra dans ce village reculé au pied des montagnes Ala-Too. Pour Arououke Chaïmaratova, quatorze ans, qui ne se rend en ville qu’une fois par an, cette expérience a éveillé une vocation de chanteuse.
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