Monde
Le crépuscule d’une dynastie politique thaïlandaise

Le parti Pheu Thai, pilier de la vie politique du royaume depuis un quart de siècle, essuie une défaite électorale sans précédent, remettant en cause l’héritage et l’avenir du clan Shinawatra.
Le scrutin de dimanche a infligé un revers historique à la formation politique la plus influente de Thaïlande au cours des dernières décennies. Le Pheu Thai, héritier direct des mouvements fondés par l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, s’est classé en troisième position selon les résultats préliminaires. Cette performance marque un net recul pour une machine électorale habituée aux premières places et interroge sur la pérennité de son modèle.
Plusieurs éléments concourent à expliquer cet affaiblissement. L’ombre de la condamnation pour corruption de son fondateur, toujours emprisonné, pèse durablement. La gestion contestée d’un récent différend frontalier avec le Cambodge par la dirigeante du parti, Paetongtarn Shinawatra, a également joué. Enfin, la perception d’une mainmise familiale sur l’appareil politique, symbolisée par la candidature au poste de Premier ministre d’un neveu de Thaksin, a érodé son capital sympathie auprès d’une partie de l’électorat.
Le déclin est palpable jusque dans les fiefs traditionnels. Pour la première fois, le parti a été battu dans toutes les circonscriptions de la province de Chiang Mai, berceau de la famille Shinawatra. Ce recul contraste avec l’âge d’or des années 2000, lorsque Thaksin devenait le premier chef de gouvernement à achever un mandat complet, à être réélu et à obtenir une majorité absolue. Face à ce verdict des urnes, les cadres du Pheu Thai affichent une forme de résignation, affirmant respecter la voix du peuple.
Certains analystes y voient l’épuisement d’un cycle politique dominé par les Shinawatra, qui ont fourni quatre Premiers ministres depuis 2001. La possibilité pour le Pheu Thai d’intégrer une coalition gouvernementale demeure, mais son rôle serait nécessairement diminué. L’effondrement de son score réduit considérablement son poids dans les négociations. Un éventuel partenariat avec le parti Bhumjaithai, grand vainqueur du scrutin, est jugé peu probable en raison de relations historiquement tendues.
La situation économique nationale, atone, pourrait toutefois offrir une fenêtre de retour pour une formation ancrée dans les promesses de prospérité. L’avenir de Thaksin Shinawatra lui-même reste une inconnue. S’il est éligible à une libération conditionnelle dans les mois à venir, celle-ci semble désormais moins liée à des calculs politiques qu’à des procédures juridiques standard. Malgré ce revers, l’influence du clan et de sa structure politique n’est peut-être pas totalement éteinte, dans un pays où les équilibres sont souvent mouvants.

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