Société
Le cinéaste Ugo Bienvenu, en lice pour les Oscars, sonne l’alarme sur les dangers de l’intelligence artificielle
À la veille de la cérémonie hollywoodienne, le réalisateur français, dont le film « Arco » est nommé, livre une critique sans concession de l’IA, qu’il perçoit comme une menace pour l’essence même de la création et de l’humanité.
Le film d’animation « Arco », sélectionné pour la prestigieuse récompense, constitue un manifeste visuel contre l’emprise technologique. Son auteur, Ugo Bienvenu, a délibérément choisi l’animation traditionnelle en deux dimensions pour dépeindre un futur utopique où l’homme coexiste pacifiquement avec la nature, un univers délibérément épuré de toute intelligence artificielle. Pour ce dessinateur de bande dessinée, la science-fiction doit ouvrir des perspectives et inviter à imaginer des alternatives au monde actuel.
Il exprime une inquiétude profonde face à la prolifération des outils d’IA dans le domaine artistique. Loin de n’y voir qu’un simple instrument, il la compare à une prothèse qui inciterait à l’amputation de sa propre capacité créatrice. Cette position contraste avec la ligne adoptée par l’Académie des arts et des sciences du cinéma, qui a récemment intégré l’IA dans son règlement, la considérant comme un outil technique neutre à condition que l’intention créative humaine reste prééminente.
Cette évolution a calmé les tensions apparues l’an dernier autour de films utilisant ces technologies, mais a aussi ouvert la voie à de nouvelles candidatures. Cette saison, deux courts-métrages d’animation ont ainsi revendiqué leur recours à l’intelligence artificielle, sans toutefois décrocher de nomination. Pour Ugo Bienvenu, cette tendance représente un péril majeur. Il défend l’idée que l’imagination est un muscle qui s’atrophie si l’on délègue son exercice à la machine. Selon lui, c’est dans l’erreur et l’expérience manuelle que l’artiste accède à son inconscient et affine sa pratique la plus intime.
S’il a perçu, lors des réunions préparatoires aux Oscars, une certaine unanimité parmi ses pairs quant aux réticences face à l’IA, il craint une forme d’imposition par la force. Son sentiment rejoint celui de nombreux artistes, dont plusieurs figures de renom ont signé une lettre ouverte dénonçant des pratiques assimilables à du vol de la part des géants du secteur. Le réalisateur mexicain Guillermo del Toro, également en course cette année, partage cette vision critique, ayant qualifié l’IA dans l’animation d’insulte à la vie.
Le danger ultime, selon Ugo Bienvenu, n’est pas seulement la disparition de certains métiers, mais un affaiblissement intellectuel collectif qui toucherait au fondement de notre humanité. Il rappelle que la fiction est un partage d’expérience essentiel, une préparation émotionnelle aux épreuves de l’existence. L’idée d’un horizon culturel appauvri par un divertissement standardisé et généré artificiellement le consterne, craignant que cela ne crée une forme de ségrégation culturelle.
Pour freiner cette dynamique, il avance une proposition concrète, celle de taxer l’immense consommation en eau et en énergie nécessaire au fonctionnement des systèmes d’IA, soulignant que cette technologie a un coût environnemental et psychique considérable. Il insiste sur le fait que rien n’est gratuit, et que les répercussions de ces outils dépassent largement le cadre du studio de création pour façonner en profondeur nos sociétés et nos esprits.
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