Monde
Dans l’antre carcéral de la Cour pénale internationale
Neuf mètres carrés, une heure d’air libre et vingt-cinq euros par semaine : voilà le quotidien des présumés criminels de guerre détenus à La Haye. L’AFP a pu pénétrer dans l’établissement pénitentiaire de la Cour pénale internationale, où des figures comme l’ancien président philippin Rodrigo Duterte attendent leur procès.
Le quartier pénitentiaire de la CPI est intégré à la prison de Scheveningen, un bâtiment imposant situé à proximité immédiate de la Cour, non loin d’une plage prisée des Néerlandais. Pour leur exercice en plein air, les détenus disposent d’une heure quotidienne sur un court de tennis vieillissant. Outre les personnes placées sous mandat de la CPI, l’établissement abrite également, dans une aile distincte, l’unité de détention des Nations unies, où est incarcéré l’ancien chef militaire serbe bosnien Ratko Mladic, condamné pour génocide.
Actuellement, le centre de détention de la CPI héberge sept hommes, dont Khaled Mohamed Ali El Hishri, un responsable pénitentiaire libyen. L’établissement conserve une capacité d’accueil importante, avec trente-deux cellules prêtes à recevoir toute personne visée par un mandat d’arrêt de la Cour, comme le président russe Vladimir Poutine ou le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Chaque cellule comprend des toilettes et un lavabo, un mince matelas en plastique posé sur un lit simple et une fenêtre donnant sur la cour. Trois petites cabines de douche sont à la disposition des détenus dans une salle de bain qui sert également de buanderie, les prisonniers effectuant eux-mêmes leur lessive.
Les détenus se côtoient dans une salle commune, où l’on trouve des jeux, des livres, un aquarium rempli de poissons tropicaux et un coin cuisine. Lors de la visite de l’AFP, une feuille de score abandonnée sur une table indiquait « Ali 3, Mar 3 », témoignant peut-être d’une partie de dominos entre deux présumés criminels de guerre, tandis qu’une casserole contenant des restes de curry était posée sur une plaque de cuisson. Les détenus sont autorisés à préparer leurs propres repas, en complément de leur petit-déjeuner à la carte et de deux repas chauds quotidiens. Le directeur de la prison, Marc Dubuisson, a souligné que les plaintes concernant la nourriture étaient fréquentes, comme dans tous les établissements pénitentiaires, ce qu’il interprète comme un signe positif, car cela signifie que les détenus ne se plaignent pas de problèmes plus graves, tels que de mauvais traitements. Il a ajouté que l’alimentation était un sujet central et que les responsables du centre s’efforçaient de tenir compte des goûts de chacun en les interrogeant sur leurs préférences. Les détenus disposent chacun de vingt-cinq euros par semaine pour acheter des articles d’une liste préétablie, comprenant notamment de la nourriture et des produits de toilette spécifiques. Ils peuvent également effectuer des travaux ou du nettoyage pour gagner quelques euros supplémentaires.
Les détenus sont libres de vaquer à leurs occupations dans le respect de règles internes strictes, a poursuivi M. Dubuisson. Ils sont toutefois confinés de 20h30 à environ 7h00, ainsi que de midi à 13h00 et de 17h00 à 18h00. En dehors de ces horaires, un programme d’activités est proposé. L’établissement dispose d’une salle de sport bien équipée et d’un gymnase couvert, et un coach sportif est présent quotidiennement. Les détenus peuvent s’inscrire à des cours de yoga, de langues ou d’art. Une bibliothèque de livres et de DVD est à leur disposition, ainsi qu’un ordinateur sécurisé, non connecté à Internet, pour préparer leur dossier. Le centre comprend une aile médicale avec trois médecins disponibles. Les visites familiales ont lieu dans une pièce séparée, et des visites conjugales sont également possibles dans une autre cellule dotée d’un lit escamotable juste assez grand pour deux personnes. M. Dubuisson a indiqué que les détenus étaient généralement assez sociables. Il a précisé qu’il y avait parfois des tensions, comme dans tous les centres de détention, mais jamais au point de devoir faire appel à la police.
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