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Dix ans après l’attentat de Nice la mémoire à vif

Alors que le dixième anniversaire de l’attaque du 14 juillet 2016 approche, la ville cherche un équilibre entre hommage officiel et témoignages bruts.…

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Dix ans après l'attentat de Nice la mémoire à vif

Alors que le dixième anniversaire de l’attaque du 14 juillet 2016 approche, la ville cherche un équilibre entre hommage officiel et témoignages bruts. Entre exposition apaisée et pièce de théâtre jugée trop crue, le chemin est mince.

Sur la Promenade des Anglais, un camion a foncé dans la foule un soir de fête nationale. 86 morts plus de 400 blessés. Dix ans plus tard, Nice tente de représenter l’horreur sans la trahir. En juin, une lecture théâtrale a dû être annulée. Des associations de victimes s’y opposaient, refusant que leur souffrance devienne le matériau d’une œuvre sans leur consentement. Le Théâtre national de Nice a cédé.

Dans les rues, des affiches bleu ciel annoncent les commémorations. Elles portent un ruban tricolore et un cœur dessiné avec les noms des morts. Le message est sobre et digne. Pourtant, ce bleu pastel semble bien loin des images de chaos que décrivent les secouristes et les rescapés. La même distance se retrouve dans l’exposition municipale ouverte cette semaine en centre-ville. Intitulée « Mémoire miroir de notre humanité », elle montre les hommages qui ont suivi le drame. Des photos de fleurs, de peluches, de mots peints sur le bitume. Puis les cérémonies officielles et le mur de faisceaux lumineux qui s’élève chaque 14 juillet à 22h34.

Pour aller plus loin, il faut pénétrer à la Villa Massena. Une autre exposition y a été inaugurée jeudi. On y voit les vingt drapeaux des nationalités des victimes, des unes de presse, des messages de soutien venus du monde entier. Et surtout le témoignage vidéo de quatre enfants devenus jeunes adultes, qui racontent leur reconstruction. Mais rien n’évoque les centaines de personnes terrées dans les jardins de la villa le soir du drame, sous le bruit des sirènes. Le directeur du musée assume ce choix il préfère s’en tenir aux faits et laisser la réflexion au visiteur plutôt que de forcer l’émotion.

Thierry Vimal, lui, a fait le choix inverse. Cet écrivain a perdu sa fille Amie âgée de 12 ans lors de l’attentat. Il a présenté la semaine dernière « Prom_14 », une adaptation théâtrale de ses chroniques du procès des complices. Sa pièce refuse toute pudeur. Elle raconte le témoignage insoutenable d’une passante qui n’a pas réussi à sauver une petite fille. Elle évoque les pilleurs qui ont profané les corps, les organes prélevés inutilement lors d’autopsies, les tensions entre victimes. Mais aussi un fou rire quand l’accent d’une victime a transformé le « camion blanc » de son récit en « crème Mont-Blanc ». Refusée par les grandes scènes de la ville, la pièce se joue dans un petit théâtre indépendant. Son metteur en scène le reconnaît la mémoire est une matière inflammable. Elle peut tout aussi bien offrir un message consensuel qu’une vérité cruelle et dérangeante.

Dix ans après, Nice porte ses anges dans son cœur, comme le disent les affiches. Mais le chemin pour raconter ce que fut cette nuit reste semé d’embûches et de plaies encore ouvertes.

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