Société
L’Allemagne invente la prescription numérique, un modèle qui essaime en Europe


Le système de remboursement des applications médicales par l’assurance-maladie connaît une adoption massive outre-Rhin, inspirant plusieurs pays européens confrontés aux défis de la modernisation sanitaire.
Une Allemande de trente ans, Mona Noé, témoigne du changement radical qu’a représenté pour elle l’utilisation d’une application mobile prescrite par son médecin. Atteinte d’un syndrome de l’intestin irritable, elle a pu, grâce à cet outil, adapter son alimentation et mieux gérer ses symptômes au quotidien. Son cas illustre le succès croissant des applications de santé remboursées, un dispositif unique en Europe.
Le système DiGA, acronyme désignant les applications de santé numériques, permet depuis 2020 aux médecins allemands de prescrire des solutions logicielles pour diverses pathologies, qu’il s’agisse de troubles mentaux, de problèmes digestifs ou de sevrage tabagique. Les prescriptions, initialement délivrées pour une durée de trois mois renouvelable, ont connu une hausse de 85% l’an dernier, portées par la digitalisation accélérée des pratiques médicales.
Près de 60% des médecins allemands ont déjà signé au moins une ordonnance incluant une DiGA, selon les chiffres du secteur. Un quart d’entre eux utilisent régulièrement ces outils, à l’image d’un praticien francfortois qui y recourt quasi quotidiennement, notamment pour assurer un suivi en attendant une consultation spécialisée. Ces applications proposent un accompagnement personnalisé, des échanges avec des professionnels et un suivi continu, accessible à toute heure.
Le modèle économique suscite toutefois des débats. Le coût moyen s’élève à 600 euros pour trois mois par patient, ce qui a représenté 234 millions d’euros remboursés depuis le lancement du dispositif. Les caisses d’assurance-maladie pointent des tarifs qu’elles jugent excessifs et un manque de preuves tangibles d’efficacité. Les partisans du système estiment cependant que ces outils permettent une meilleure prise en charge et pourraient, à terme, générer des économies en évitant des complications ou des arrêts maladie prolongés.
La procédure d’homologation, rapide et pragmatique, constitue l’un des piliers de ce succès. Les développeurs peuvent obtenir une autorisation provisoire sous trois mois, puis disposent d’une année pour démontrer l’efficacité clinique de leur application. Sur 228 dossiers déposés, 43 ont reçu une validation définitive. Cette approche a dynamisé l’écosystème des start-up de santé et contraste avec la réputation traditionnellement conservatrice du système de santé allemand.
Plusieurs pays européens, dont la Belgique, le Royaume-Uni et la France, observent attentivement ce laboratoire à ciel ouvert. Paris a lancé en 2023 le programme Pecan, calqué sur le modèle allemand, mais seuls trois dispositifs de télésurveillance ont pour l’instant été retenus, et aucune application mobile n’a encore été remboursée. Les industriels français appellent à clarifier les critères d’éligibilité pour éviter toute déception. Un accord bilatéral signé en juin entre la France et l’Allemagne vise justement à harmoniser les méthodologies d’évaluation et à accélérer les mises sur le marché.





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