Culture
Lagos, creuset d’une alchimie musicale franco-nigériane


_**Une semaine d’ateliers créatifs entre producteurs français et talents nigérians a donné naissance à une soixantaine de titres, dans l’espoir de façonner les succès internationaux de demain.**_
Dans les studios du label Mavin Records, à Lagos, neuf compositeurs venus de France ont récemment croisé leurs machines et leurs inspirations avec des figures montantes de la scène locale. Cette résidence artistique, organisée par la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique française en partenariat avec le label nigérian et l’ambassade de France, avait pour objectif de générer des morceaux à vocation mondiale. Pendant plusieurs jours, les univers du rap, de la pop et des musiques urbaines françaises se sont imprégnés des rythmes et des mélodies de l’afrobeats, dans un mélange linguistique où se côtoyaient anglais, pidgin, français et créole.
L’initiative s’inscrit dans une dynamique de collaborations de plus en plus fréquentes entre les deux scènes musicales. Elle vise à reproduire le succès de titres hybrides récents, à l’image du tube « Hypé » porté par Ayra Starr et Aya Nakamura. Pour les organisateurs, le pari est simple. Si un seul des soixante morceaux conçus atteint une audience planétaire comparable à des titres comme « Calm Down » ou « Rush », l’expérience sera un succès. La Sacem, à l’origine du projet, mène régulièrement ce type de camps créatifs à travers le monde, des États-Unis à la Corée du Sud.
Sur place, les échanges ont dépassé la simple production. Les participants français ont découvert une approche du travail musical différente, caractérisée par une grande liberté d’expérimentation et une volonté d’aller au bout des idées. Un jeune beatmaker parisien a ainsi pu mettre à profit sa formation de pianiste pour composer des instrumentaux à la fois mélodiques et énergiques, immédiatement retravaillés et enrichis par les artistes locaux. Pour une autrice-compositrice martiniquaise, cette immersion a permis des croisements inédits, comme la fusion de l’afrobeats avec le shatta, un genre caribéen.
Cette effervescence créative s’appuie sur la vitalité exceptionnelle de l’industrie musicale nigériane. Les professionnels sur place constatent une demande croissante de collaborations internationales, notamment en provenance de France. La musique y est omniprésente, véritable colonne vertébrale de la vie sociale, ce qui contribue selon les observateurs à la fertilité et au rayonnement du bassin créatif. Le genre afrobeats, dont les racines remontent aux expérimentations de Fela Kuti dans les années 1970, est aujourd’hui l’un des courants les plus influents à l’échelle globale.
Les titres issus de cette session seront proposés dans les prochains mois aux artistes phares du label Mavin Records, qui pourront s’en emparer et y apposer leur voix. Au-delà de la production de futurs hits, cette rencontre a consolidé des réseaux et ouvert des perspectives durables. Elle illustre la manière dont les scènes musicales nationales, sans perdre leur identité, se nourrissent désormais de dialogues transcontinentaux pour inventer les sonorités de l’avenir.





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