Monde
Menaces de mort et gilets pare-balles le rare témoignage des juges de la Cour suprême
Pour la première fois depuis 2019, deux magistrates de la plus haute cour américaine ont comparu devant des élus pour défendre leur budget. Derrière les…


Pour la première fois depuis 2019, deux magistrates de la plus haute cour américaine ont comparu devant des élus pour défendre leur budget. Derrière les chiffres, elles ont levé le voile sur les menaces de mort qui pèsent sur elles au quotidien.
Elena Kagan et Amy Coney Barrett ne siègent pas du même côté de l’échiquier politique. La première a été nommée par le démocrate Barack Obama, la seconde par le républicain Donald Trump. Pourtant, mardi, elles se sont présentées ensemble devant une puissante commission budgétaire de la Chambre des représentants. Leur mission était simple en apparence : obtenir des fonds supplémentaires pour la Cour suprême. En réalité, ce face-à-face avec le Congrès a offert une plongée rare dans les coulisses d’une institution qui, d’ordinaire, ne s’expose pas.
L’enjeu principal de cette audition, c’est la sécurité. La demande budgétaire prévoit une hausse de près de 21 millions de dollars, destinée en grande partie à renforcer la protection des neuf juges. Concrètement, cela signifie six agents supplémentaires par magistrat. Elena Kagan a justifié cette urgence d’une phrase simple : « Nous avons ajouté des financements de sécurité pour faire face aux défis de notre temps. » Derrière ces mots, il y a une réalité violente. Plusieurs juges de la Cour suprême reçoivent régulièrement des menaces de mort. Et cela ne s’arrête pas aux simples lettres anonymes.
Le témoignage d’Amy Coney Barrett a mis des images sur ces risques. En mai dernier, elle a été victime de « swatting ». Un faux appel d’urgence a signalé des coups de feu à son domicile. Le but était clair : provoquer une intervention armée de la police. Devant les élus, la juge de 54 ans a livré une confession intime. « Je ne m’attendais pas à devoir expliquer à mes enfants ce qu’est un gilet pare-balles et pourquoi je devais en porter un », a-t-elle confié. Elle a ajouté que les juges continuent de faire leur travail « sans peur ou favoritisme », mais que le niveau de menace est très haut.
Cette audition budgétaire n’a pas tourné au débat politique, malgré des tensions évidentes. Le responsable républicain Dave Joyce a appelé à rester concentré sur les questions d’argent, pas sur les décisions de la Cour. Le député démocrate Steny Hoyer a lui aussi insisté sur la nécessité de financer la sécurité, dans un pays « profondément divisé ». Le timing n’est pas neutre : deux semaines plus tôt, la Cour suprême a rendu plusieurs décisions importantes, dont le maintien du droit du sol que Donald Trump voulait abolir. Le président républicain n’a pas hésité à critiquer ouvertement les juges qu’il a lui-même nommés, comme Neil Gorsuch et Amy Coney Barrett, leur reprochant un manque de « loyauté ». En mars, le juge en chef John Roberts avait déjà alerté sur une « hostilité » dangereuse. Son message était clair : « Cela doit cesser. »
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